Mission Fourgous pour les Tice

Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ?

mercredi 30 septembre 2009

"La question du numérique à l’École, n’est pas périphérique, n’est pas optionnelle, n’est pas un luxe ou un confort supplémentaire » (Alain Séré)

Oui/ Non : une matière TIC à l’Ecole ? Oui/Non une matière « éducation citoyenne aux médias numériques » à l’Ecole ?

Aujourd’hui, la distinction entre les compétences utiles à la réussite scolaire et les compétences utiles à la vie sociale ou professionnelle n’est plus pertinente. L’élève et l’adulte doivent savoir gérer simultanément différents dossiers ou informations, être capables d’une analyse critique, être réactifs, innovants, apte au travail collaboratif. Ils doivent acquérir des compétences juridiques et citoyennes afin de pouvoir aller sur l’internet en toute connaissance de cause : l’apprenant doit donc acquérir l’aptitude à travailler en groupe, à s’exprimer, à coopérer, à dépasser différences et divergences au sein de ce groupe, et donc acquérir la plus élémentaire des compétences : la « compétence communicationnelle ». Pour l’élève de cette nouvelle génération, ce n’est donc pas tant le savoir en lui-même qui est essentiel, mais bien la capacité à trier, à comprendre les flux d’informations qui lui arrivent, à les analyser, à exercer un jugement critique. Il doit apprendre à s’auto-évaluer, à décontextualiser ses savoirs, à les relier entre eux afin d’agir de manière appropriée dans chaque situation. Il doit devenir autonome afin de pouvoir gérer sa propre carrière...

L’enseignant doit donc amener l’élève à acquérir ces multiples compétences. Il n’est plus uniquement un « distributeur de savoir ». Son métier évolue et il doit apprendre à mettre en oeuvre les activités permettant à l’apprenant de se former.

La pratique des outils numériques (et de l’internet) permet de mélanger curiosité,liberté et sérieux au sein d’une même activité. Elle développe l’esprit d’analyse, ouvrant le chemin de l’autonomie. Les TIC sont par excellence des outils interactifs pour voir, expérimenter, représenter, partager et communiquer. Elles sont donc particulièrement appropriées aux pédagogies « actives » dans le sens où Freinet l’entendait. Leur interactivité répond aux différents besoins que nécessite l’apprentissage : elles mêlent les dimensions individuelles et collectives, permettant de répondre aux besoins spécifiques de chaque élève, elles permettent une auto-évaluation et favorise, de ce fait, l’autonomisation de l’apprenant. Chaque apprenant peut progresser à son rythme, ce qui est indispensable dans des classes de plus en plus hétérogènes. Elles favorisent la créativité. Elles permettent un « co-apprentissage », la collaboration dans le travail, la mutualisation et le partage d’idées. Les TICE permettent ainsi l’acquisition des compétences attendues aujourd’hui.

L’utilisation des outils numériques dans chacune des disciplines est-elle donc suffisante ?

Le processus d’apprentissage est en lui-même une source d’inégalités entre les élèves. A cette inégalité d’acquisition des savoirs, Internet ajoute l’inégalité de la maîtrise de l’outil : Les derniers rapports montrent que les « digital natives » (moins de 20-25 ans) ne savent pas utiliser les nouvelles technologies aussi bien qu’on le prétend et une étude de la Becta (2002) indique que la maîtrise des outils numériques dépend du temps que l’élève y consacre chez lui.

Comment gérer les « TICE » à l’école ? Créer une matière « TIC » est-elle la solution ? Inclure l’outil dans chaque discipline est-il suffisant ?

« Les élèves à qui on enseigne apprennent et ceux à qui on n’enseigne pas n’apprennent pas ! » (Steve BISSONNETTE Mario RICHARD)

« Les outils matériels et logiciels ont chacun des spécificités. Il est nécessaire d’en maîtriser les fonctionnalités et d’en percevoir les applications pédagogiques. Se former est un préalable indispensable. Penser que la maîtrise des outils est simple est probablement illusoire, la phase d’apprentissage est incontournable même si de nombreux outils permettent une prise en main assez rapide et souple » (Jean-Paul Moiraud)

« L’approche « outil » exclusive a largement fait la preuve de son insuffisance. Elle ne répond pas aux attentes de nombreux élèves et de leurs familles ni aux besoins du pays. […] Il ne s’agit pas de nier l’importance de l’utilisation des « outils » informatiques dans les différentes disciplines et activités, car ces pratiques sont importantes et doivent se développer toutes les fois que possible » (Jacques Baudé, voir la contribution de Jacques Baudé, dans le thème 2 : La réussite scolaire : Pour un enseignement de l’informatique et des TIC).


29 contributions

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 1er octobre 2009 10:29, par florence meichel

    On est ici au coeur du sujet : comment faire passer ce que l’on vit en acte a l’état de savoir transferable et de connaissance sur le plan individuel et collectif ?...c’est tout l’enjeu de l’apprendre a apprendre et ca ne concerne pas que les TICE...

    En ce qui me concerne, j’ai sais depuis longtemps, par expérience, que les réseaux apprenants, quelles que soient leurs formes sont une réponse pertinente a cette problématique complexe !
    http://reseaux-apprenants.blogspot.com/
    Apprendre 2.0 et d’autres expériences du même type l’illustre
    http://apprendre2point0.ning.com/

    Il y a la encore un changement de perspective a opérer, surtout quand on se place dans un contexte d’information ambiante (réalité augmentée) et d’interfaces portées...
    http://fr.readwriteweb.com/2009/09/30/a-la-une/internet-portable-mobile/
    on ne peut plus construire nos savoirs et nos connaissances sur des bases purement transmissives !...il est nécessaire de mettre en place des démarches coopératives, connectivistes, constructiviste aussi....

    et le rôle de l’accompagnateur est fondamental !

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 1er octobre 2009 10:39, par Bruno Devauchelle

    Non à une matière TIC à l’école !!! Oui à un enseignement des TIC à l’école
    En effet les TIC se présentent au quotidien sous quatre aspects : sciences (informatique, SIC, documentation etc.), outils, instruments, usage.
    Si c’est une science dont on estime qu’elle est d’une spécificité telle qu’elle doit constituer un corpus de connaissances indispensable (fondamental ?) alors il faut faire une discipline pour tous au lycée (et pas une option qui ne servira qu’aux meilleurs ou pour grapiller des points pour le bac)
    Si c’est un outil, on ne voit pas pourquoi il aurait une place isolée et indépendante des disciplines, en effet les outils sont créés pour répondre à des problématiques humaines qui sont exprimées dans des contextes dont ils sont indissociables. Le problème de l’outil est qu’il est défini en dehors de son contexte, l’ordinateur est un outil, regardons comment il existe dans l’environnement.
    Si c’est un instrument, cela signifie qu’il s’agit de l’intégration d’un outil de manière adaptée à des contextes spécifiques. Alors seules les disciplines doivent enseigner l’accès à ces instruments et éviter d’en faire des outils vides
    Si c’est un usage, alors il n’y a pas d’enseignement en tant que tel, mais bien à mettre en place dans tous les enseignements un processus d’appropriation distancé des usages compte tenu des contextes.

    L’acronyme TIC recouvre plusieurs champs, il ne peut être répondu à la question sans les préciser. Si l’on prone l’intégration des TIC dans l’enseignement, il faut peut-être articuler les quatres niveaux proposés ci-dessus (au moins trois, car l’enseignement de l’outil, en tant que tel et indépendamment des contextes ne me semble pas pertinent).

    Bruno Devauchelle

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 1er octobre 2009 12:06, par florence meichel

    En te lisant Bruno, je me dis justement qu’autour du processus :
    faire (autour ET avec les tice)
    ET apprendre de ce que l’on fait
    ET apprendre a apprendre

    on relie l’ensemble des dimensions dans une demarche d’« intelligence de la complexite »...

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 1er octobre 2009 12:41, par Mediacteur

    Il fallait bien formuler les questions, au bas de cette réflexion introductive ... mais énoncer une piste en demandant si c’est la solution ou demander si une autre envisageable est suffisante... c’est inévitablement recevoir en retour : il n’y a pas qu’une piste... et ce n’est pas suffisant.
    Mais le questionnement a le mérite d’être là...

    Alors, dans la foulée de Br. Devauchelle, je reprendrai aussi une typologie de niveaux, telle que nous (°) la pratiquons sur le terrain (et je n’ai pas la prétention de dire qu’elle est complète, ni qu’elle couvre toutes les situations et les usages...).

    Il y a l’appropriation technique aux nouveaux outils. L’envisager sans contextualisation est sans doute inapproprié. Je suggère toujours une mise en oeuvre « FreineiTIC » :-)

    Puis il y a l’usage pédagogique de la technologie qui est plus que l’appropriation en situation pédagogique... car les Tices invitent à revisiter la pédagogie et pas uniquement à faire ce qu’on a toujours fait avec des nouveaux instruments. Et ce second niveau doit s’envisager tant au niveau de l’enseignant que de l’apprenant. C’est donc un fameux chamboulement (plus pour l’un d’ailleurs -le prof- que l’autre -le jeune-).

    Enfin, il y a la prise de distance critique par rapport à la médiation technologique... ce qui est véritablement ce qu’on appelle l’Education AUX médias.

    Et selon ce que nous pratiquons, je dirai qu’il est fondamental de faire les trois, si pas en même temps, du moins dans un processus lié. Sinon, certains apprenants ont fortement tendance à se contenter du premier objectif, croyant qu’il suffit !

    Dans l’enseignement obligatoire, en faire une compétence spécifique (dans le jargon des institutions scolaires) réclamerait d’en faire un cours de formation commune, car une option ne toucherait que ceux qui s’y inscrivent. En Communauté française de Belgique, c’est le choix qui a été fait de l’inscrire en compétence transversale. Mais pas sous forme d’un cours spécifique... plutôt des compétences que tous les enseignants sont invités à travailler chacun dans leurs disciplines.

    La difficulté ou le risque, c’est que tous soient mobilisés mais que chacun laisse à l’autre, son voisin, le soin de concrétiser. On est pourtant dans une situation semblable à l’apprentissage de la langue maternelle ou de l’exercice orthographique (par exemple et sans en faire une fixation) : on doit tous taper sur le clou !

    La perspective d’apprentissage et d’appropriation... est-elle plutôt de réussir à l’école ou de réussir dans la vie (je reformule de façon un peu provocante et caricaturale ce qui amorçait la réflexion) ?

    On pressent bien qu’il faut dire les deux ! Et à choisir l’une plutôt que l’autre... je dirais : finaliser en priorité la réussite dans la vie.

    Mais là on ouvre au moins deux autres débats (pas moins intéressants et souvent connexes à un débat sur l’EM) : l’école prépare-t-elle à la vie ? Doit-elle se plier à cette finalité que d’aucuns trouvent trop « marchande » (pour dire vite) ?
    Et puis la question de savoir « qu’est-ce que réussir dans la vie »... mais là c’est encore plus vaste !

    (°) Centre de ressources en Education aux médias en Belgique francophone

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 1er octobre 2009 20:05, par briand

    Il me parait important que les TIC fassent l’objet d’une enseignement pour tous et toutes.
    La place de l’informatique, des télécom et du multimédia dans la vie sociale, la formation, la culture, la citoyenneté justifient de ne laisser personne de côté.

    Si les dispositifs B2I, C2I sont un premier pas il me semble important d’aller au delà et de mettre les élèves en situation de comprendre les fondements des technologies et de les mettre en oeuvre.

    L’enseignement sépare trop souvent fondamentaux et usages, ici nous avons la chance que les élèves pratiquent massivement ces outils et peuvent être intéressés par comprendre ce qu’est une trnsformation d’image, les contraintes pour diffuser une radio sur le web, changer de système d’exploitation régler et réparer son ordinateur, connaisse les droits et usages dans une société de l’information et l’impact du numérique sur l’élargissment des biens mis en commun et les pratiques collaboratives (logiciels libres, wxikipedia .)

    Je pense que nous avons ici la possibilité d’une approche qui relie théorie et pratique où l’élève apprend en marchant dans des relations pédagogiques où il ne reçoit pas seulement des savoirs mais les met aussi en oeuvre.

    Trop d’élèves se détournent aujourd’hui des études scientifiques, particulièrement en mathématiques et physique, nous avons ici l’occasion d’intéresser par une autre pédagogie que celle disciplinaire les élèves aux sciences et technologies, outils d’un mieux être social et de progrès qui ne laissent personne de côté.

    Directeur adjoint de la formation en école des télécom je peux témoigner que sans formation disciplinaire au lycée il est possible de former de bons ingénieurs ou des futurs chercheurs.
    Ce n’est dons pas d’une formation par une option informatique dispendée dans quelques lycées et nécessairement élitiste que nous avons besoin.

    Par contre il me parait indispensable au titre de mon expérience d’élu impliqué depiuis 12 ans dans l’appropriation sociale d’internet et du multimédia de développer une culture scientifique et technologique pour tous qui allie curiosité, esprit d’entreprendre, autonomie et responsabilité.

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 1er octobre 2009 21:05, par François Lermigeaux

    S’il y avait une matière TIC, il y aurait des spécialistes, et s’il y avait des spécialistes, les collègues des spécialistes leurs laisseraient faire ce travail de spécialistes.

    Qu’il y ait matière à apprendre, personne n’en doutera, mais il y a surtout matière à apprendre avec les tice et matière à apprendre à apprendre autement avec les tice. C’est un changement bien plus radical qui nous attend.

    Et n’épargnons pas les frileux en leur donnant ce trop bon prétexte pour se détourner de cette question.

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 1er octobre 2009 21:12, par Thomas

    Enseignant, je reste un peu perplexe devant tout ce que je lis... Les belles paroles, la pédagogie, la théorie... Tout cela est très beau. Mais lorsqu’ils arrivent en seconde, les élèves ne savent pas se servir des logiciels de traitement de texte, de calcul, des logiciel de photo, de présentation... Ils savent pianoter sur le clavier et aller sur la toile. Je dois donc passer un temps monstrueux à leur apprendre d’abord les bases, avant de pouvoir passer aux activités propres à ma matière...
    J’apprécierais que les élèves aient, au-moins en sixième et en seconde un cours leur apprenant à se servir de ces logiciels. Je ne leur demande pas de savoir programmer ou connaître la composition d’un ordinateur : cela n’est pas important à leur niveau (ce sera enseigné aux futurs ingénieurs dans le cursus qu’ils suivront...) Connaître le fonctionnement des logiciels de base, me permettrait de les utiliser dans le cadre de ma matière, sans perdre de temps. Cela permettrait à tous les élèves d’avoir le même niveau : il serait ainsi plus facile de gérer les activités sur ordinateur ; cela permetrait d’arriver directement dans le vif de l’action et de commencer dès le début du cours à les faire réfléchir sur le problème du jour... A l’heure actuelle, je perds beaucoup trop de temps et cela fait deux ans maintenant (depuis que le lycée a une classe nomade) que je dois choisir entre « terminer mon programme » et « utiliser les Tice, renouveler ma pédagogie... »

    Vous me direz : « Et le B2i ? »... Je rigole ! Demander sur le terrain et vous verrez qu’il y a un gouffre entre la théorie et la pratique. Le fait est que les enseignants donnent le B2i sans même avoir validé les différents items. Certains élèves arrivent à obtenir le B2i, sans même avoir touché un ordinateur ! Venez sur le terrain...

    Pour terminer, comment voulez-vous former les adultes de demain à l’économie numérique, à la société numérique en faisant « comme si » ils savaient ? En pensant qu’ils apprennent tout seuls ? En comptant toujours sur les autres (parents ?) ? On « fait » du français en mathématiques, en histoire, en physiques... mais il y a quand même (et heureusement !) une matière « Français » ! Il doit en être de même pour les TIC : ces technologies sont la base de la société, elles sont aussi importantes que le Français et doivent, de ce fait, non seulement faire partie de tous les cours mais en plus, avoir leur propre enseignement.

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 2 octobre 2009 11:37, par Guillaume Touzé

    Et si les Tic permettaient plutôt de faire éclater le cloisonnement disciplinaire ?
    C’est sans doute pour cela que le B2i a été si violemment dénigré et si soigneusement évité, plus qu’en raison d’une prétendue inefficacité.

    À mon sens, le début de l’article explique, pourquoi les Tic (et surtout internet) nous obligent à changer l’ensemble de l’enseignement et pas à créer une nouvelle discipline. Dans les propositions de discipline Tic, il y a au-delà de cette « compétence communicationnelle » qui relève du socle commun, des éléments de culture numérique qui devraient figurer pour une part dans les enseignement de mathématiques et pour une autre part dans les enseignements de technologie de collège. La possibilité de création d’une nouvelle discipline évite de changer l’enseignement des maths et a permis de dévoyer les programmes de technologie au collège.

    Tice : tic pour l’enseignement
    Les outils sont là, la société les utilise, nos élèves les utilisent pour leur propre compte, à nous de faire qu’ils les utilisent pour apprendre. Et pour cela nous devons d’abord les utiliser nous même pour apprendre (et pas seulement apprendre à utiliser).

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 3 octobre 2009 08:53, par Jean-Pierre Archambault

    L’enseignement de l’informatique et des TIC (de l’école aux classes préparatoires)

    L’informatique et les technologies de l’information et de la communication sont omniprésentes dans nos sociétés, dans lesquelles elles contribuent à faire évoluer de nombreux métiers. Elles modifient en profondeur notre perception des machines, du langage et de la complexité. Elles constituent, par ailleurs, un vaste corpus de connaissances et elles contribuent à faire évoluer de nombreuses disciplines enseignées au lycée, non seulement dans leurs méthodes, mais aussi dans leurs objets. Elles sont présentes dans la vie quotidienne de tout un chacun.

    Pour ces raisons, pour former l’homme, le travailleur et le citoyen, elles doivent faire l’objet d’un enseignement scientifique et technique en tant que tel au lycée. Enseignement qui prolonge celui de l’école primaire et du cours de technologie du collège et qui prépare celui de l’université. Il s’agit d’un objectif incontournable de culture générale scolaire dans l’École du XXIe siècle, d’un besoin fondamental de la société.

    L’économie numérique

    Tous les domaines de la vie économique, tous les métiers sont profondément transformés par l’Informatique et les TIC, que ce soit dans les processus de production des richesses ou avec les objets fabriqués, matériels et immatériels. L’Informatique et les TIC sont au coeur de la société de la connaissance (La France dans l’économie du savoir : pour une dynamique collective, rapport Commissariat général du Plan, La Documentation Française, 2003). Elles favorisent l’accélération de l’innovation des procédés et des produits car elles sont des technologies génériques. Elles sont le support d’une production plus collective et plus interactive des savoirs et des compétences. Elles permettent des pratiques innovantes en réseau. Elles systématisent l’accumulation du savoir dans des bases de données, l’intégration des connaissances et leur mobilisation, les externalités de connaissance. L’Informatique et les TIC sont un facteur majeur de croissance.

    La R&D informatique représente 135 milliards de dollars soit 28 % de la recherche industrielle mondiale (R&D : 492 milliards de dollars), sans compter ce qui se fait dans des domaines voisins mais non directement informatiques.

    Mais les entreprises ont du mal à recruter les spécialistes de haut niveau qui pilotent les projets et sont à la pointe de l’innovation (voir notamment les « campagnes » du Syntec). Si des activités peuvent être délocalisées, la maîtrise et le contrôle des actions stratégiques ne s’externalisent et ne se délocalisent pas. Il y va de l’indépendance et en définitive de la croissance de notre pays.

    Concernant l’enseignement de l’informatique, le rapport « Stratégie nationale de recherche et d’innovation », SNRI , remis à Valérie Pécresse le 23 juillet 2009, fait le constat que d’une façon générale, « le système éducatif ne lui a pas donné une place suffisante en regard des enjeux futurs, industriels et d’innovation pour l’ensemble de l’économie nationale, et de participation à la vie sociale et politique de la part des citoyens. Absente aux niveaux primaire et secondaire, l’informatique est inexistante ou trop limitée dans les classes préparatoires aux grandes écoles. La majorité des ingénieurs et chercheurs non informaticiens n’acquièrent pendant leur cursus qu’un bagage limité au regard de ce que l’on observe dans les autres disciplines. Pourtant, ils utiliseront ou pourront avoir à décider de l’utilisation d’outils informatiques sophistiqués. Il est à craindre qu’ils ne le feront pas avec un rendement optimal ou que, en position de responsabilité, ils sous-estimeront l’importance du secteur. »

    En conséquence, le rapport SNRI fait des préconisations précises (page 16) : « Dès les cycles primaire et secondaire, un enseignement d’informatique doit viser l’acquisition de bases solides en matière de programmation et d’algorithmique, de représentations numériques des textes, des images et des sons, d’architecture des machines, de réseaux, de bases de données, etc. Pour être efficaces, ces cursus doivent développer la continuité du raisonnement depuis la conception de l’expression algorithmique jusqu’à sa réalisation effective et prendre au lycée la forme d’une discipline scolaire en tant que telle . L’acquisition de ce socle de base pourrait ensuite attirer les meilleurs étudiants vers ces disciplines et pourrait éviter également que les filles ne se détournent de ce type d’études par méconnaissance de la réalité du domaine. »

    Dans leur rapport sur l’économie de l’immatériel, Maurice Lévy et Jean-Pierre Jouyet soulignent que, dans l’économie de l’immatériel, « l’incapacité à maîtriser les TIC constituera (...) une nouvelle forme d’illettrisme, aussi dommageable que le fait de ne pas savoir lire et écrire ». Ils mettent en évidence les obstacles qui freinent l’adaptation de notre pays à l’économie de l’immatériel, notamment « notre manière de penser », invitant à changer un certain nombre de « nos réflexes collectifs fondés sur une économie essentiellement industrielle ». Ils citent l’édition de logiciels parmi quatre technologies représentatives des enjeux de la croissance des années à venir. Ils insistent « sur le risque qu’induit également la capacité trop faible de notre système d’enseignement secondaire à répondre aux exigences de l’économie de l’immatériel dans le contenu même des formations dispensées... ».

    D’ailleurs, la liste s’allonge des pays qui se préoccupent d’enseigner l’informatique et les TIC dès les enseignements scolaires, Il n’y a pas qu’en France que se pose la question de l’informatique élément de la culture générale sous la forme d’une discipline en tant que telle.

    L’Association for Computing Machinery, la plus grosse association d’informatique scientifique au monde, a demandé au Président Obama d’inclure l’informatique en tant que discipline dans l’enseignement secondaire au même rang que les sciences et les mathématiques. Elle souligne le rôle clef que joue l’informatique dans le développement des compétences pour le 21e siècle. Elle souligne qu’il faut étoffer les rangs des travailleurs formés pour l’économie de l’information, ajoutant que l’enseignement de l’informatique est profitable à tous les élèves, pas seulement à ceux qui voudraient faire carrière dans la science informatique ou les technologies de l’information.

    La société numérique

    Le citoyen éclairé participe aux débats de société sur le nucléaire ou les OGM. Pour cela il dispose d’un appareillage conceptuel que les enseignements des sciences de la vie et de la terre et des sciences physiques lui ont donné. Dans la société numérique, il doit pouvoir intervenir pleinement dans des problématiques comme les « droits d’auteurs et droits voisins dans la société de l’information » (on se souvient des débats qui ont accompagné la transposition de la directive européenne DADVSI par le Parlement en 2006) ou droits et libertés. Ce sont des domaines compliqués (interopérabilité, DRM, code source, adresse IP...), inaccessibles si l’on ne s’est pas approprié le noyau de connaissances stables et transmissibles qui sous-tendent la société numérique, si l’on ne s’en ait pas fabriqué une représentation mentale opérationnelle.
    Un enjeu fort de culture générale.

    Il y a donc pour l’École un enjeu fort de culture générale, scientifique et technique, faisant toute sa place à l’ITIC. Sans connaissance pas de croissance. Or beaucoup s’accordent à trouver la situation actuelle non satisfaisante. En 2007, L’EPI avait interrogé les candidats à l’élection présidentielle sur l’opportunité d’un enseignement spécifique de l’informatique, complémentaire de l’approche par les différentes disciplines et activités. Nicolas Sarkozy avait répondu qu’il « considère que l’enseignement informatique prévu au socle commun des connaissances et des compétences doit être renforcé, et inclure notamment l’enseignement des bases essentielles à l’écriture de programmes informatiques ». Il proposait alors une « refonte des programmes éducatifs consacrés à l’informatique, trop centrés sur la pratique, et le renforcement des moyens consacrés à ces formations informatiques ». Pour Nicolas Sarkozy, « en se concentrant sur la pratique, on crée une génération dépendante de la technique ; en se concentrant sur la technique, on crée une génération autonome et capable d’inventer toutes sortes d’usages ». Notre association EPI se reconnaît dans de pareils propos.

    Un enseignement de l’informatique en tant que tel

    Les années 2008 et 2009 ont vu l’EPI et le groupe ITIC de l’ASTI prendre de nombreuses et diverses initiatives en faveur d’un enseignement disciplinaire de l’informatique au lycée. Le 21 octobre 2008 le Ministre de l’Éducation nationale, Xavier Darcos, a annoncé la création à la rentrée 2009, dans le cadre de la réforme du lycée (reportée depuis lors à la rentrée 2010-2011), d’un module « informatique et société numérique » en classe de seconde. L’EPI et le groupe ITIC de l’ASTI ont exprimé leur satisfaction de cette création qui correspond aux exigences de la société dans laquelle nous vivons. Le 2 juin dernier, Richard Descoings a remis au Président de la République ses préconisations sur la réforme du lycée dont l’EPI a pris connaissance avec intérêt.

    L’approche exclusive actuelle des TIC par le biais des disciplines traditionnelles est notoirement insuffisante. L’Informatique et les TIC doivent faire l’objet d’un enseignement spécifique. Aux compétences attendues doivent correspondre une explicitation des contenus disciplinaires précis et progressifs permettant de les acquérir, dans une approche globale, cohérente, structurée et progressive couvrant l’ensemble de la scolarité. Ce n’est pas le cas actuellement. Au lycée, une discipline scientifique et technique « informatique et TIC » en tant que telle est incontournable.
    « Objet » et « outil » d’enseignement, loin de s’opposer, sont complémentaires et se renforcent mutuellement. Nous prônons l’informatique et les TIC dans la didactique et la pédagogie des disciplines traditionnelles, mais aussi l’informatique et les TIC comme discipline spécifique.

    1) À l’école maternelle et à l’école élémentaire, une première initiation se fait à travers la découverte et les usages des outils informatiques. On sait l’importance des apprentissages précoces.

    Dans le cadre de la pédagogie pratiquée à ces niveaux, l’Informatique et les TIC, de par leurs vertus pédagogiques spécifiques, se prêtent bien à des activités favorisant la créativité et l’inventivité des enfants ainsi que le « travailler ensemble ».

    À la faveur d’activités signifiantes, on introduit, toutes les fois que nécessaire, les notions élémentaires de nature à faciliter la compréhension (structure de la machine, périphériques, informations, fichiers...). Celles-ci ne sont pas introduites pour elles-mêmes mais pour faciliter la maîtrise des pratiques.

    Dans les années quatre-vingts, l’utilisation du langage Logo s’intégrait bien dans des démarches de construction du savoir par les élèves et l’on peut regretter que cette pratique ait été abandonnée.

    2) Au collège , le cours de technologie constitue le cadre institutionnel pour l’Informatique et les TIC. Comment imaginer, dans la société de l’immatériel, la technologie sans l’ITIC ? Or un projet de réforme en cours d’élaboration laisse craindre que l’Informatique et les TIC se voient réduites à la portion congrue, alors qu’au contraire il faudrait en consolider l’enseignement.

    3) Au lycée, une discipline scolaire en tant que telle est une nécessité, pour organiser et installer durablement les savoirs et savoir-faire fondamentaux, donner les représentations mentales opérationnelles indispensables à « l’honnête homme du XXIe siècle ».

    Dans ses grandes lignes, un programme devrait comporter les chapitres suivants :

    1. Matériels : architecture de l’ordinateur et périphériques.

    2. L’information : numérisation et représentation uniforme de différents types d’informations (codage, bases deux, huit et seize).

    3. Algorithmique : connaissance des algorithmes élémentaires.

    4. Programmation : connaissance des principes des langages de programmation, pour savoir faire faire par la machine (structures, langages, notion de variable).

    5. Logiciels : dans une approche pluraliste, libre et propriétaire, le système d’exploitation, les progiciels.

    6. Structuration de l’information : du fichier à la base de données, avec un objectif d’initiation en s’appuyant sur le modèle relationnel.

    7. Les aspects informatiques de la problématique documentaire : organisation et recherche (sur Internet) de l’information, requêtes avec booléens ; notion de thésaurus.

    8. Communication-réseaux : les principes et les protocoles, la notion de couches logicielles, les réseaux locaux et longue distance.

    9. Informatique et société : thématiques diverses comme le droit d’auteur, les usages sociaux... abordées dans le cadre de la réalisation de projets informatiques et servant, de manière générale, de support naturel à la pédagogie pratiquée.

    On trouvera sur les sites de l’ASTI et de l’EPI [5] la proposition de programme pour un module « Informatique et société numérique » adressée au Ministère de l’Éducation nationale le 7 novembre 2008, ainsi qu’une proposition de programme pour l’ensemble du lycée.

    D’une manière générale, les disciplines scolaires traditionnelles (Mathématiques, Sciences expérimentales, Lettres, Langues, disciplines Techniques et Professionnelles...) évoluent dans leur « essence » (objets, méthodes) de par l’« irruption » de l’informatique et des ordinateurs, qu’elles utilisent des moyens informatiques ou des concepts issus de l’informatique. Elles ne peuvent que bénéficier de l’acquisition des fondamentaux informatiques acquis dans une discipline « Informatique et TIC » spécifique.

    Il va de soi que la création d’une discipline « ITIC » va de pair à (moyen) terme avec celle d’un CAPES et d’une agrégation. Cette solution peut coexister avec des options « ITIC » dans les concours de recrutement des autres disciplines et la reconnaissance des compétences acquises, selon des modalités variées, par les enseignants ; ce qui présenterait l’intérêt de favoriser l’interdisciplinarité et l’intégration solide de l’Informatique et des TIC dans les autres disciplines.

    4) Concernant les classes préparatoires, une cinquantaine d’enseignants d’informatique d’une vingtaine de Grandes Écoles scientifiques et technologiques se sont adressés récemment à la Conférence des Grandes Écoles, en souhaitant attirer l’attention sur « l’urgence qu’il y a à introduire un enseignement en informatique de qualité pour tous les élèves des classes préparatoires scientifiques ». Ils pointent « un retard français et européen en recherche & développement en informatique ». Pour eux, « ce retard s’explique en grande partie par l’insuffisance de la formation en informatique des jeunes Européens et en particulier des jeunes Français ». Et cette insuffisance « handicape nos futurs ingénieurs en les privant des outils qui permettent de concevoir les systèmes industriels modernes ». Elle handicape également « nos futurs scientifiques, toutes disciplines confondues, en les privant d’outils pour comprendre le monde ».
    Les enseignants mentionnés ci-dessus constatent que, « si les classes préparatoires donnent aujourd’hui des bases solides en mathématiques et dans les sciences expérimentales, elles négligent l’informatique, discipline dans laquelle la plupart de leurs élèves (à l’exception, bien entendu, de nos élèves étrangers) sont analphabètes ». Et ils ajoutent qu’« un enseignement moderne et ambitieux ne peut pas se mettre en place sans la constitution progressive de corps d’enseignants spécialistes ».

    Jean-Pierre Archambault

    Président de l’EPI

    Membre du Bureau de l’ASTI

  • Pose ton stylo, mon enfant... et prends ton clavier
    L’Histoire a retenu le nom de Gutenberg. Ce n’est pas faux, mais c’est forcément réducteur. En fait, entre 1450 et 1500, ils furent plusieurs à être à l’origine de l’imprimerie et ils s’inspirèrent de bien plus anciens [1]. Et surtout, il y eut différentes technologies avant d’obtenir le bon papier, la bonne encre, et il fallut de nombreux essais avant de pouvoir utiliser les matrices de caractères en fonte qui allaient conduire à la diffusion en masse de l’information à travers le monde, permettre de stocker le savoir, de démultiplier la connaissance, de créer des textes et des images à volonté. Ce que l’Histoire n’a pas minimisé, en revanche, c’est l’incommensurable révolution sociétale et économique qui a fait basculer l’humanité vers les temps modernes : des métiers ont changé, des organisations (par exemple celle des copistes du clergé régulier) ont disparu, les rapports au savoir se sont démocratisés, la communication entre les gens s’est bouleversée. L’imaginaire, d’oral, est devenu écrit. La musique s’est mieux codifiée. L’école de la lecture et de l’écriture ne s’est vraiment inventée, n’en déplaise à Charlemagne, que lorsque le parchemin est devenu papier. Ce que l’Histoire oublie de nous dire, c’est à quel moment les gens ont vraiment réalisé qu’ils sortaient du « moyen âge » ? Combien d’années pour que la mère et le père disent à l’enfant : « Ce ne sera plus jamais pareil, ta vie sera en partie à re-concevoir car le monde que nous te léguons est « autre », un monde qui ne sera ni pire, ni forcément meilleur, juste à réinventer. » En effet, qui connaissait Gutenberg en 1450 ? Qui pouvait dire sans ce recul de l’Histoire : une révolution est passée.

    Il y a 500 ans, prendre conscience d’un tel changement, c’était difficile. Aujourd’hui c’est différent.

    L’Histoire retiendra peut-être le nom d’Alan Turing, qui formalisa ce que « machine à computer » veut dire, ou celui de John von Neumann, qui conçut l’architecture d’ordinateurs ressemblant déjà à ceux d’aujourd’hui, ou celui d’une femme, Ada Lovelace, qui écrivit le « premier programme ». L’Histoire pourra retenir des noms plus anciens [2] encore, ou des pires, comme celui de Bill Gates, qui gagna tant d’argent avec l’informatique, faisant passer l’Amérique de la période des hippies à celle des yuppies. Et puis l’Histoire choisira une date, peut-être à l’aube des années 1950, juste 500 ans après ce Johannes Gensfleisch que l’on nomme Gutenberg. À moins que l’Histoire ne soit moins caricaturale et accepte de verser au patrimoine de l’humanité la diversité des avancées et des découvertes qui mènent à l’informatique. Mais une chose est sûre : nous sommes aussi mère et père, et pouvons dire à l’aube de ce 21e siècle : « Mon enfant, la révolution numérique est passée. Ton monde ne sera pas pire, pas forcément meilleur, mais il sera en partie à réinventer. Tu es un natif du numérique et ce que nous te léguons ici fait du monde qui est le tien quelque chose qui est « autre ». »

    Tu n’ouvriras plus d’annuaire téléphonique, ni de carte routière. Tu regarderas avec étonnement les téléphones à fil et tu chercheras vainement où est leur caméra intégrée. Tu te demanderas bien pourquoi les gens ont pu faire la queue à des guichets pour acheter des services (oui, tu diras « service », le mot de « billet » te semblera délicieusement désuet). Tu seras bien intrigué devant un appareil photo « argentique » ou un tourne-disque « vinyle » : pourquoi diable les gens s’acharnaient-ils à stocker images, sons et textes sur des supports différents alors que tout est numérique ? Tu comprendras sûrement comment, dans un autre monde, nos propres parents aient pu être rémouleur ou vitrier ; mais que nos cousins puissent avoir été imprimeurs de journaux ou de documents sur papier jetés sitôt leur lecture faite au mépris de la déforestation tandis que tout est « en ligne » te sidérera. Comment t’expliquer aussi ce que le métier de « dactylo » a pu quelques années signifier et pour quelle vaine raison d’aucun(e) était payé(e) à taper un texte sur une soi-disant « machine à écrire » qui, j’ose à peine te le dire, imprimait sans rien mémoriser ? Il te semblera bien étrange que des gens aient pu des années durant se rendre dans des salles de réunions d’aéroports, dilapidant ainsi des mètres cube de kérosène : tu en rigoleras bien avec tes copains des réseaux sociaux que tu contacteras avec ta visioconférence domestique. Certes, nous ne manquerons pas de t’apprendre, juste pour ta culture, that this language everybody speaks, with many dialects, but with no care about any grammar, était originairement très codifié et parlé dans un seul pays, une île, dite britannique. Cependant, nous ne te l’apprendrons sûrement pas avec des livres et des cahiers, plutôt avec des documents multimédias, sur ton portable (je ne parle pas bien sûr de ton ordinateur portable, qui sera dépassé, mais de ton cartable portable où tout sera intégré). Il te sera certes aussi bien fastidieux d’écrire à la main, tu le feras sûrement uniquement dans les cours de dessin. Néanmoins, tu liras dans bien plus de langues et bien plus efficacement que nous ne le saurons jamais. Et quand tu croiseras un chinois, de même que les sourds du monde entier savent se parler en langue des signes, tu sauras en quelques heures te mettre dans son référentiel pour communiquer. Ne cherche pas à nous expliquer exactement ce que cela veut dire, nous sommes encore de la génération où l’on « parle des langues » au lieu de « changer de référentiel », que veux-tu, c’est ce que l’on nous a enseigné.

    Ah oui. Enseigner.

    Mon Dieu ! Mais que vas-tu devenir si nous sommes assez fous, dans ce monde qui émerge, pour continuer de t’apprendre à écrire uniquement « à la main » et au stylo ? Vers quel échec cours-tu si nous ne commençons pas, dès ton plus jeune âge, à t’apprendre cette discipline qui a fait la révolution du numérique : l’informatique ? Qu’importe que nous commencions à l’apprendre ensemble, élèves et professeurs, ce n’est même peut-être pas si mal du point de vue pédagogique ! Qu’importe si nous commençons à te l’apprendre un peu maladroitement, nous apprendrons à l’apprendre, assurément.

    Mais si par malheur, oui, si jamais nous ajoutons à la liste de nos erreurs historiques celle de ne pas te donner les bonnes méthodes, les bons fondamentaux, les bonnes bases de l’informatique, alors tu seras un paria dans ce monde du numérique qui t’attend. Tu subiras ce monde sans le maîtriser. Tu apprendras à dire « l’ordinateur est en panne » pour « je n’ai pas compris les fondements de l’informatique, j’ai juste appris à m’en servir, alors, dès que quelque chose change, je ne sais pas m’adapter à ce que l’ordinateur a de nouveau ». Tu prétendras « il y a un bug informatique » pour plutôt que d’affirmer « comme j’ai seulement appris à me servir d’un ordinateur sans comprendre comment m’en servir, alors je ne cesse de buter sur les éléments clés ». Tu affirmeras « oh le virtuel ne remplace jamais les rapports humains » plutôt que de reconnaître « je n’ai pas su adapter mes méthodes de travail aux nouvelles technologies, ni appliquer celles-ci au moment crucial de la crise énergétique et climatique ». Tu ne pourras plus être ni plombier ni médecin car tu ne sauras ni gérer ta comptabilité ni tes rendez-vous. Tu ne comprendras plus le nouveau monde qui t’entoure. Tu seras, comme ceux, parmi nos aînés qui ne savaient pas compter et tendaient leur main pleine de pièces au boulanger en espérant qu’il leur rendrait bien la monnaie, ou signait leur nom d’un trait tremblotant, voir d’une croix, en gardant les yeux baissés.

    Attention ! Tu as bien lu : Il ne s’agit pas uniquement ici d’« apprendre les usages de l’informatique ». Il s’agit bien d’« apprendre les fondements de l’informatique » (bases théorique, programmation, etc.) pour pouvoir maîtriser ces outils sans les subir.

    Et dans un monde où nous ne t’apprendrions pas l’informatique, pour quel dirigeant irais-tu (sur papier ou sur clavier) voter ? Pour celui d’un bord qui se demande encore si tu dois commencer à apprendre le plus-que-parfait du subjonctif ou quelque futur ou passé antérieur alors que lui-même ne sait plus vraiment les employer (ce qui est bien dommage), ou pour celui de l’autre bord qui approuve tout ce qu’on dit ici mais n’améliorera rien.

    Ces connaissances anciennes sont elles aussi bien précieuses, mais parlons au présent : Il est déjà plus que temps de te faire poser ton stylo d’écolier, cher enfant, et de te donner aussi un clavier. Pour que ton futur ne soit pas antérieur, pour que ton futur soit simple.

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 4 octobre 2009 08:58, par Françoise

    Une question : est-ce vraiment le rôle de l’Ecole de noter l’implicite ? Ne pas enseigner les TIC aujourd’hui est non seulement incompréhensible, mais surtout inadmissible !

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 4 octobre 2009 12:17, par Françoise Gaydier

    Je suis enseignante de mathématiques en lycée. J’ai par ailleurs une formation universitaire en informatique. J’utilise depuis longtemps les TICE dans mon enseignement : certains vieux « imagiciels » il y a bien longtemps, les calculatrices, les logiciels de constructions géométriques, les tableurs. Je fais plusieurs constats.

    1. La diffusion des diverses utilisations raisonnées de l’informatique qui serait prise en charge par les disciplines, est une vue de l’esprit. C’est une belle construction théorique, c’est un échec dans la pratique. Mon propos n’est pas d’en trouver les raisons.

    Mon expérience d’enseignante m’amène à émettre les hypothèses

    • que les connaissances et compétences liées à l’informatique que certains élèves manifestent en classe sont pour l’essentiel acquises en dehors de l’école,

    • que le taux d’équipement en ordinateur des familles (y compris aux revenus modestes) des élèves scolarisés dans l’enseignement général des lycées est énorme, et qu’il a augmenté considérablement ces toutes dernières années (peut-être est-ce lié aux tarifs des forfaits internet-TV-téléphone).

    Il me semble qu’il n’est pas très compliqué d’infirmer ou confirmer ces hypothèses par des enquêtes sur le terrain. Peut-être cela a-t-il été fait ?
    Si oui, où peut-on trouver les données ? Si non, pourquoi ?

    Mes élèves de Terminale scientifique, malgré le B2I des collèges, malgré une option MPI suivie par certains d’entre eux en seconde, malgré certaines utilisations de l’outil informatique en classe de mathématiques ou sciences expérimentales les années précédentes, malgré donc des utilisations variées de l’outil informatique dans les diverses disciplines, y compris au labo de langues,

    - sont très embarrassés pour construire une feuille de calcul sur tableur pour résoudre un problème donné,

    - ne savent pas, sauf rares exceptions, la différence entre un logiciel libre et un logiciel gratuit,

    - sont très surpris pour la plupart lorsqu’au détour d’un chapitre de mathématiques, je leur explique que lorsqu’ils utilisent leur calculatrice pour calculer la racine carrée de 7, il y a un algorithme de calcul qui est lancé, et que c’est probablement le calcul de la suite numérique que nous venons d’étudier, la plupart n’imaginant même pas que l’appui sur une touche de la calculatrice lance un calcul,

    - n’ont dans l’ensemble pas grande idée du fonctionnement d’un calculateur quel qu’en soit la taille, et le paragraphe du programme de mathématiques de seconde « représentation des nombres en machines » est lettre morte en général, les enseignants de mathématiques n’ayant pas en général la compétence pour l’assumer.

    2. J’ai parcouru les diverses contributions sur cette question du numérique dans l’enseignement.
    Il me semble qu’il faut cesser de croire que l’utilisation de l’outil informatique peut flatter l’appétit des élèves devant telle ou telle discipline réputée rébarbative.
    Les élèves passent plusieurs heures par jour devant un écran, ils sont blasés.
    Il faudrait d’ailleurs aussi peut-être revenir sur cette affirmation que les élèves se détourneraient des études scientifiques parce que notre enseignement ne les intéresserait pas, qu’il faudrait donc mettre de la confiture (les TICE) pour faire passer les épinards.
    Je crois que des études statistiques ont montré qu’il est inexact de dire qu’il y a moins d’étudiants en sciences si l’on intègre dans les statistiques les études à caractère scientifique ou technique à bac + 2.

    N’y aurait-il pas plutôt une certaine difficulté à se projeter sur l’avenir dans un contexte économique plus ou moins difficile ? Il peut être rassurant de commencer par un bac + 2.
    Je suis d’ailleurs frappée de voir tant d’élèves s’orienter vers une classe préparatoire aux Grandes Ecoles sans autre projet d’avenir que celui de devenir ingénieur. Chacun sait qu’ingénieur n’est pas un métier, mais un titre, qui renvoie à une certaine image de la situation sociale de celui qui le possède, plus qu’à telle ou telle activité professionnelle : nos jeunes (et leurs familles) semblent là aussi avoir besoin d’être rassurés.

    Les enseignants qui sont sur le terrain savent que leur public est varié.

    • Des élèves choisissent de faire une série S parce qu’une légende a la vie tenace : la voie S mènerait à tout, ce qui est maintenant faux. Le bac S peut ne mener à rien du tout, je ne développe pas ici.

    • Il y a aussi des élèves qui choisissent de faire S par motivation pour les sciences ou par curiosité, pour voir, et la motivation leur vient chemin faisant.
    Il n’y a peut-être pas assez d’élèves dans ce cas ?
    Y a-t-il eu une étude sérieuse sur cette question de la motivation des élèves pour (ou contre !) cette orientation ?

    3. Je reviens à ma pratique d’enseignante de mathématiques.
    J’ai la vanité de croire qu’un nombre non négligeable de mes élèves s’intéresse à ce que nous faisons en classe. Et pourtant !
    Et pourtant nous avons des programmes en première et terminale S ambitieux (ce que je ne regrette pas), à traiter dans un horaire insuffisant : il est bien difficile d’arriver à caser des activités « ouvertes » où les élèves doivent construire une solution à un problème de leur niveau qui les « accroche ». De tels problèmes, il y en a, et les élèves sont capables de se passionner, et de s’y investir, y compris s’il n’y a pas de note « récompense » à la clef.

    Je pense cependant que mes activités avec les élèves en classe de mathématiques devraient, et pourraient s’appuyer plus sur des problématiques mathématiques contemporaines.
    Ces problématiques, je peux difficilement les aborder, parce que les élèves n’ont pas les compétences informatiques pour cela.

    • Ainsi les élèves ont du mal à accepter une démonstration mathématique qui consiste à étudier la liste de tous les cas possibles : « oui, mais on ne peut pas faire cela si on prend un nombre plus grand ».
    Peut-être, peut-être pas, on arrive vite à des questions mathématiques profondes et très actuelles.

    On me dira que rien ne m’empêche de mener des activités de ce côté.
    Si ! L’incapacité de mes élèves à programmer un algorithme.
    Je peux certes raconter depuis mon bureau des choses sur la difficulté de décomposer un produit de grands nombres premiers. La portée d’un tel exposé ne dépassera pas celle d’un exposé sur les différentes perspectives où l’on ne présenterait pas de tableaux illustrant telle ou telle technique.
    Il me semble qu’on ne peut comprendre certaines questions que si on a conçu et vu un programme « mouliner » avant de fournir un résultat.

    Présenter cette évolution des mathématiques, et je pense que c’est maintenant une nécessité dans l’enseignement des mathématiques, n’a de sens que si les élèves sont capables de programmer eux-mêmes des algorithmes, d’observer les résultats et les temps de calcul.

    Et ceux qui disent qu’il n’y a rien de plus facile pour un élève que programmer un algorithme voudront bien me donner la recette. Je sais programmer. Enseigner l’algorithmique programmation, c’est autre chose.
    J’ai vu d’anciens élèves, excellents élèves de prépa, venir me solliciter parce qu’il n’arrivaient pas à programmer l’exercice qu’on leur avait donné. Je savais faire leurs exercices, mais me suis trouvée bien démunie pour leur transmettre mon savoir-faire.

    • Ainsi également, je suis persuadée qu’on peut faire de très belles choses avec des simulations d’expériences aléatoires lorsque l’on mène le cours de probabilité. Là encore, je trouve bien dommage (et assez tristounet) de devoir limiter les activités des élèves au seul tableur, faute de pouvoir m’appuyer sur les compétences des élèves en algorithmique programmation.

    4. Attention, je ne revendique pas du tout que les enseignants de mathématiques assument un enseignement de l’algorithmique programmation, bien au contraire !

    D’abord parce que les enseignants n’ont pas, sauf exception, compétence pour le faire, même pour l’algorithmique, quand les algorithmes doivent être programmés. On sait que dans ces conditions on irait à l’échec et à une régression pour la société.

    Mais aussi parce que nous avons besoin d’un solide enseignement des mathématiques, y compris pour assumer le numérique et toutes ses facettes : logique, représentations de l’espace, itérations, temps de calcul et complexité d’un algorithme, codages, pour n’évoquer que ce qui me vient spontanément à l’esprit en lien avec les mathématiques, plus précisément qui demande des connaissances mathématiques.
    Il serait socialement dommageable de détourner les enseignants de mathématiques de ce pour quoi ils ont été formés : enseigner les mathématiques.

    Je souhaite donc que l’informatique soit enseignée en lycée comme une discipline à part entière, par des enseignants formés et recrutés pour cela, discipline qui ne peut pas se limiter à un enseignement de l’algorithmique programmation.

    Mes élèves de terminales dont j’évoquais plus haut les carences variées autour de l’informatique, seraient peut-être alors plus aptes à interpréter les résultats produits par une machine en classe de mathématiques : différence entre un zéro « mathématique », un zéro « machine » et un zéro simplement lié à un format d’affichage mal choisi ; plus généralement, sachant comment fonctionne un ordinateur, ils seraient peut-être capable de savoir si des résultats observés, calculés avec une machine peuvent guider leur intuition, ou au contraire sont à considérer avec la plus grande prudence.
    Ils pourraient aussi, par exemple, essayer de programmer la décomposition d’un entier en produit de facteurs premiers, se poser alors des questions sur la géographie de ces nombres. Ils iraient peut-être chercher des informations sur la question, ou imagineraient un algorithme naïf, et constateraient sa vanité. Je me trouverais alors dans une situation très riche pour faire de l’arithmétique.

    Tout de même, l’informatique, même en période de crise, offre des débouchés variés, et n’est même pas présente dans l’enseignement autrement que sous son aspect outil de la vie quotidienne. Comprend qui peut.
    Je me dis souvent que tel ou tel élève a peut-être raté une orientation de ce côté là, faute de savoir de quoi il s’agit.

    Et particulièrement les jeunes filles.

    Je réside à côté d’une école d’informatique dont on pourrait croire que le règlement exige la non mixité !

    J’ai lu sur un site qu’enseigner l’informatique en lycée allait aggraver les réticences des jeunes filles à s’orienter de ce côté là.

    Je préfère faire semblant de ne pas comprendre les sous-entendus qui se cachent là derrière… De toute façon, ça ne saurait être pire que la situation actuelle !

    Alors, au delà de mon intérêt égoïste de professeur de mathématiques évoqué plus haut, je dis, chiche : on crée un enseignement d’une discipline informatique en lycée pour pousser les jeunes filles à s’orienter vers des études scientifiques.

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 4 octobre 2009 14:33, par Gérard Blanchet

    Je suis en retraite depuis 1997.

    J’étais un de ceux qui ont enseigné les différentes variantes de l’option informatique en lycée
    dont la dernière mouture a été supprimée par Claude Allègre.

    D’origine professeur de mathématiques je dois dire que j’ai trouvé plus de satisfaction
    à enseigner cette option que ma discipline de base.
    Les élèves que nous avions étaient curieux d’apprendre, motivés en un mot, alors que les élèves
    des classes de mathématiques subissaient le + souvent notre enseignement.

    Il devrait être possible que le Ministère tente un suivi des élèves de ces options.
    Je suis persuadé pour en avoir rencontré un certain nombre que cela leur a énormément apporté
    dans leur vie professionnelle future.

    Un autre point sur lequel je voudrais insister c’est le rôle que jouaient ces professeurs de l’option auprès de leurs collègues afin de les aider à intégrer l’outil informatique dans leur discipline.

    Rappelez-vous, le même Claude Allègre, avait dit des mathématiques qu’elles n’étaient qu’un outil et voulait supprimer des enseignements de Mathématiques.
    Bien sûr toute la communauté des mathématiciens a vigoureusement, et justement,, protesté que les Mathématiques étaient certes un outil mais aussi une discipline.
    La communauté des professeurs de l’option informatique, beaucoup moins nombreuse, et pas vraiment soutenue par les syndicats n’a eu que ses yeux pour pleurer.

    Et nous avons perdu 13 ans et sacrifié toute une génération d’élèves qui abordent ces questions pourtant fondamentales dans ce siècle qui s’ouvre, par l’angle uniquement de l’outil, des recettes, sans en comprendre les notions sous-jacentes, comme si l’ordinateur et les logiciels avaient une vie propre qu’il ne sert à rien de comprendre.

    Je me félicite que ces questions refont surface grâce à l’action opiniâtre de l’EPI et de l’ASTI.
    J’espère vraiment que le Ministère va enfin comprendre que cette discipline qui a pris son autonomie au 20e siècle ne peut attendre le 22e siècle pour être enseignée en tant que telle aux jeunes générations.

    Certes les mathématiques ont mis des siècles à s’imposer mais les rythmes actuels ne sont pas les mêmes.

    On peut, sans risque dire, que c’est d’une nouvelle désalphabétisation dont sont menacés les hommes et les femmes de ce siècle si la mesure de ce risque n’est pas pris vraiment par « les décideurs » dont c’est le rôle.

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 4 octobre 2009 23:03, par Jean-Louis Coquin

    Je pense que tous les élèves ne ressentent pas la nécessité absolue de suivre un cours d’informatique au lycée ; j’en ai connu qui s’étonnaient de la trop grande technicité de la programmation ; d’autres, trouvaient trop abstraits les problèmes de l’informatique dans la société.

    MAIS, est-ce une raison pour priver les autres élèves, de la notion d’algorithmique ? De les priver d’une réflexion sur les usages de l’informatique ? Pour ces élèves-ci, qui sont la majorité, l’informatique restreinte à l’usage des logiciels, via des projets (inter)disciplinaires n’est pas suffisant.

    Sans un minimum d’algorithmique, et sans réflexion sur la société AVEC l’informatique, l’élève n’a pas de vision. Comment alors, choisira-t-il ses outils ? La méthode des essais et des erreurs a ses limites, et elle a aussi un coût. Permettons aux élèves qui le souhaitent de réfléchir sur l’informatique, et avec l’informatique.

  • Oui à une discipline informatique au lycée 5 octobre 2009 09:05, par Jacques Baudé

    Tout d’abord je tiens à saluer l’initiative de la mission J-M. Fourgous d’ouvrir un espace consacré à ce débat. Le nombre et la qualité des interventions montrent que ce n’était pas superflu. Je me permets d’intervenir à nouveau (cf. Forum thème 2) par un témoignage plus personnel.

    Remarque liminaire : il ne s’agit pas pour moi de nier l’importance de l’utilisation de l’ « outil » dans les différentes disciplines et activités. Ayant pratiqué activement, dès les années 70, l’EAO, la simulation, l’ExAO, ... disons l’informatique pédagogique (on a parlé ensuite de NTIC, de TICE et même de TUIC ! ) je sais l’intérêt pour les élèves de ces pratiques avec des enseignants bien formés disposant de bons logiciels.

    Malheureusement, il faut reconnaître que cette pratique « outil » n’en finit pas de décoller dans l’enseignement général aussi bien au collège qu’au lycée. De plus, je ne suis pas sûr (litote) qu’elle donne une « maîtrise » satisfaisante et permette de dépasser, au plan informatique, le niveau
    « utilitariste » acquis par les élèves hors de l’Ecole.

    Cette situation perdure depuis des années, voire des décennies. C’est pour cette raison que j’ai personnellement bien accueilli la création d’une option informatique des lycées au début des années 80. Je ne cherche pas à la donner comme modèle (le monde informatique ne cesse d’évoluer) mais il me semble qu’une « expérience » d’une douzaine d’années, ayant concerné 50% des lycées avant d’être supprimée (pour des raisons non avouées qui tenaient à la récupération de postes d’enseignants), devrait au moins servir de base de réflexion.

    Certains survivants pourraient rappeler comment des synergies s’établissaient dans nombre d’établissements entre les compétences des élèves et des enseignants de l’option, et le développement de la pratique « outil » dans les disciplines. Comment les connaissances informatiques des élèves étaient réinvesties dans ces pratiques. Comment de vrais travaux interdisciplinaires se développaient dans le cadre d’une pédagogie de Projet. Comment le travail collectif en équipe était promu et encouragé. Comment les enseignants de l’option et le programme assuraient un équilibre entre théorie et pratique, … (cf. l’article que j’ai écrit en mars 96 pour l’EPI : http://www.epi.asso.fr/revue/81/b81p143.htm )

    Même si le contexte a beaucoup évolué et que l’option informatique des lycées ne peut plus être un modèle en l’état, elle est riche d’enseignements. Bien des problèmes - et des solutions - demeurent à l’identique. Que de temps perdu !

    Ce qui reste vrai des années après, c’est que la seule pratique ne suffit pas à dominer l’outil, que l’intervention d’enseignants spécifiquement formés reste indispensable (que penserait-on de l’enseignement du français ou des maths laissé au seul soin d’autres disciplines ?), que l’informatique est une science omniprésente sauf dans les enseignements de culture générale au collège et au lycée (d’où sont issus l’essentiel de nos cadres), …

    On n’en finirait pas d’allonger la liste des raisons pertinentes qui plaident en faveur d’un enseignement général de l’informatique et des TIC (cf. notamment la contribution de Jean-Pierre Archambault ci-dessus) dans le secondaire.

    Différentes instances se sont exprimées récemment dans ce sens : rapport de l’Académie des Sciences, rapport SNRI (Stratégie Nationale de Recherche et d’Innovation), rapport de la Commission de l’Economie Numérique (CAS - Premier Ministre). Leur souci essentiel, me semble-t-il, étant l’insuffisante formation informatique de la population et corrélativement le manque de spécialistes qualifiés dans les domaines numériques si importants pour l’avenir de notre pays.

    Effectivement, nos futurs ingénieurs et autres cadres (presque tous issus des enseignements généraux, même si on peut le regretter) ne naissent pas par génération spontanée après le Bac. Leur vocation s’enracine dans les disciplines qu’ils ont pratiquées au cours de leurs études secondaires. Ils ont pratiqués pendant de longues années les mathématiques, les sciences expérimentales, pas « l’omniprésente » informatique …

    Cette nécessité d’une « culture informatique » de base ne concerne pas que les disciplines scientifiques même si, là , le degré d’urgence est le plus grand compte tenu du contexte international. Dans mon message au thème 2, je rappelais la phrase de Barak Obama « nous n’acceptons pas un monde où les emplois et les industries de demain se créent au delà de nos frontières ».

    Et si cela avait aussi à voir avec la pédagogie ?

    Le rôle du système éducatif n’est pas seulement de former des « utilisateurs » …

    Jacques Baudé ( 05-10-2009 )

  • Pour comprendre les enjeux du numérique dans notre société immatérielle, donner du sens quant à la révolution numérique, enseigner plus qu’un mince vernis aux élèves en leur donnant tant des repères, des notions fondamentales que la capacité d’apprendre à apprendre, un véritable enseignement des TIC s’impose. Je milite en faveur de son introduction dès le lycée dans un premier temps – il s’agit d’un processus de rattrapage naturel pour que le décalage ne soit pas croissant entre l’enseignement et les besoins des entreprises et administrations qu’elles quelles soient – et de l’élargir ensuite au collège.

    Ne pas enseigner les TIC comme une discipline à part entière serait une erreur. L’informatique dans ses deux acceptions « data processing » et « computer science » a une histoire et des fondements à présent solides. Cependant un enseignement des TIC doit être plus large que la seule informatique en prenant par exemple en compte la dimension des réseaux (Internet, réseaux sociaux, etc.), dimension que l’on retrouve dans les organisations avec le travail collaboratif, la culture en mode projet et qui permettent de créer de la valeur liée au partage et au décloisonnement des structures qui leur donnent plus d’agilité. En tant que Directeur de projets SI en entreprise, je mesure à quel point ce caractère participatif que l’on retrouve avec les outils du Web 2.0 est crucial quant à la bonne réussite des projets complexes.

    On pourrait objecter que le rajout d’une matière dans les enseignements est antinomique avec les économies recherchées par le ministère de l’Éducation nationale. Le débat n’est pas là, d’autres gisements de productivité sont à trouver ailleurs. On pourrait aussi considérer que le B2I et le C2I ont été créés et qu’ils répondent à un besoin. Mais ceux-ci ne constituent qu’une approche parallèle et qui est très insuffisante. Or, ne pas y souscrire reviendrait à hypothéquer les chances de notre pays. Créer une matière TIC est une nécessité fondamentale comme il existe des cours de français et de mathématiques. Jusqu’à la fin des Trente glorieuses, il était nécessaire de savoir lire, écrire et compter. Aujourd’hui, nous avons toujours les deux piliers que restent le français et les mathématiques (qui servent dans d’autres disciplines comme respectivement l’histoire/géographie, la philosophie et les sciences physiques). Mais à cela, il convient pour orienter le jeu d’avoir une charnière composée de la connaissance des langues étrangères (l’anglais devenant incontournable) et bien évidemment les TIC ! On ne peut imaginer supprimer les enseignements de français sous prétexte que cette discipline est transverse à toutes les autres. Il en va de même des TIC et considérer qu’ils sont abordés partiellement dans d’autres disciplines plus ou moins en tant qu’outil serait un écueil. L’enseignement des TIC doit se faire dans le cadre d’une discipline à part entière à l’image du français.

    Après l’alphabétisation, l’alphanetisation, selon l’expression de Louis Naugès, co-créateur du terme bureautique voici plus de 30 ans, est une nécessité pour que chaque élève puisse s’insérer plus facilement dans la vie active alors que la France possède un taux de chômage chez les moins de 25 ans des plus élevés de l’Union. Créer une discipline TIC est un moyen pour répondre à ce problème, pas une fin en soi. En outre, un facteur d’exclusion supplémentaire existe entre les élèves qui ont accès à Internet à domicile et les autres, souvent enfants de parents de catégories socio-professionnelles défavorisées. Deux axes sont à développer pour éviter toute exclusion et fracture numérique. D’une part faciliter l’acquisition de matériel informatique à domicile et la formation associée y compris pour les parents qui souvent ne peuvent expliquer les TIC à leurs enfants. Une proposition du rapport France numérique 2012 qui prévoit un accès à Internet haut débit pour tout citoyen où qu’il se trouve sur le territoire et pour moins de 35 euros par mois matériel compris est une première réponse. D’autre part donner les moyens à l’école pour que celle-ci aussi ait son rôle de correcteur des inégalités même si l’élève équipé à domicile conserva une longueur d’avance. La France est, en matière de politique numérique et d’e-éducation, loin derrière des pays comme le Danemark ou l’Estonie et très loin derrière en matière de taux de connexion à Internet des foyers à domicile des pays économiquement comparables comme le Royaume-Uni ou l’Allemagne. Les travaux effectués par l’association Renaissance numérique répondent pour leur part à cette volonté de lutter contre la fracture numérique et donner les moyens à la France de devenir une grande nation numérique.

    La génération Y (les « digital natives ») est certes, en moyenne, très à l’aise dans l’utilisation des outils (création d’une page Facebook, envoi de SMS, téléchargement en P2P, etc.) mais a un comportement zapping et gagnerait à connaître les TIC également conceptuellement et leur cadre (technique, économique, juridique, historique) pour avoir un peu plus de profondeur. Quelques éléments de programmation (par exemple, réalisation de macros avec Excel utile en entreprise, notions d’algorithmiques), la différence entre les langages interprétés et compilés, entre les logiciels propriétaires et l’open source, des bases juridiques (par rapport aux débats quant à Hadopi, au téléchargement illégal, au droit à l’image, etc.). Ces fondamentaux seraient approfondis ensuite au-delà du bac mais donneraient déjà des bons repères aux élèves. En outre, il m’apparaît crucial d’insuffler de véritables méthodes pour dénicher l’information, discerner les véracités des sources car dans l’entreprise où nous croulons (sommes facilement noyés) par des masses considérables d’information, la valeur ajoutée réside dans la capacité à traiter l’information pour à partir de données considérables avoir l’intelligence de répondre à ce qui est demandé, et ce dans un nombre croissant de professions. Dans les cours que je dispense à côté de mon activité en entreprise, j’ai pu constaté des lacunes chez certains étudiants à l’université pour la capacité à traiter l’information dans la réalisation d’exposés. Tous n’ont pas ces lacunes et certains sont fort heureusement bons mais avec des réflexes et un cadre méthodologique intégrés plus tôt, le niveau s’est trouverait meilleur. Plagier une page de Wikipédia est facile, croiser des sources pour répondre à une problématique est un art.

    Au-delà du régime transitoire de cette nécessaire introduction d’une discipline TIC au Lycée se posera à plus long terme la question des CAPES et agrégations de TIC. Il est nécessaire de tirer par le haut tant les élèves que les enseignants. Cette introduction des TIC est une opportunité historique pour la France alors même que les 6 majors du Web sont tous Américains : Google, Microsoft, Yahoo, eBay, Amazon et Facebook.

    La désaffection pour les filières scientifiques dont l’industrie et les services ont besoin doit appeler à un sursaut dans les enseignements. TIC pourrait avoir à la fois se baser sur un fondement scientifique mais aussi pratique et être véritablement interdisciplinaire. Les TIC sont au carrefour des besoins des entreprises d’aujourd’hui et plus encore de demain.

    David Fayon
    Expert NTIC, auteur de « Clés pour Internet » et « Web 2.0 et au-delà », Économica
    Site
    Blog
    Twitter

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 5 octobre 2009 22:47, par Vincent Mespoulet

    Bonjour à tous,

    Je viens de lire avec attention les contributions postées dans les précédents messages où, d’une manière assez symptomatique en France s’opposent l’entrée par l’outil, avec les partisans d’une matière TIC/Informatique (accoler les deux termes est à mon sens dangereux car il ne s’agit pas de la même chose, en fait) : Jean-Pierre Archambault - David Fayon - Jacques Baudé, et l’entrée par le projet pédagogique intégrant les Tice : Guillaume Touzé - Bruno Devauchelle, par exemple

    Je milite depuis des années, aussi bien en tant qu’enseignant que formateur, mais surtout expérimentateur, pour l’élaboration d’une pédagogie dédiée aux Tice dont il est grand temps de théoriser les pratiques. Donc, je réponds non, définitivement non à une matière TIC en collège/lycée, car c’est justement la persistance récurrente de l’entrée outil qui explique selon moi en grande partie l’échec de tous les plans informatiques depuis Fabius en 1986 jusqu’à aujourd’hui. Je me souviens avoir dans les années 80 animé des ateliers informatique pour des lycéens et des adultes où à l’époque on entrait par l’algorithme et le langage informatique (Basic puis Visual basic, Langage C etc... création et interrogation de base de données sous dBase avec un langage interne à assimiler etc...) ... Puis dans les années 90 d’avoir animé à l’IUFM des sessions de formation avec la même entrée outil (Dreamweaver/Fireworks/Flash/Photoshop/Vidéo numérique) à des enseignants : tout cela ne donne que de bien mauvais résultats en terme d’efficacité de formation aussi bien pour les élèves que pour les enseignants, et j’ai toujours critiqué dans l’ingénierie de formation ce que j’appelle la technobéatitude qui consiste à enfermer les contenus de formation Tice dans un outil informatique, qu’il s’agisse d’un logiciel ou d’une maintenance réseau, en oubliant totalement la finalité. C’est triste à dire, mais la pédagogie est la grande oubliée des Tice. D’ailleurs, jusqu’à cette Mission Fourgous, dont j’espère qu’elle va changer la culture mentale des décideurs et financeurs, l’entrée de l’informatique dans l’éducation nationale, s’est faite par la voie administrative (environnement informatisé de la saisie des notes, du relevé des absences, du cahier de textes électronique, donc des outils de contrôle pas des outils de créativité), pas la voie pédagogique...

    Les enseignants, qui sont avant tout des pédagogues et des experts de disciplines scolaires historiquement fondées n’ont absolument pas besoin d’une matière TIC, qui constitue même l’antimodèle pédagogique par excellence d’appropriation des Tice par les élèves et leurs enseignants. Les partisans d’une matière TIC sont, me semble-t-il de bien piètres connaisseurs de l’histoire de la pédagogie, de l’épistémologie et des sciences de l’éducation... Créer une discipline scolaire générale et obligatoire en TIC est quelque chose d’absurde : un outil est un moyen, pas une finalité. Un outil est au service d’une pédagogie et non l’inverse... Il se trouve que je suis très à l’aise dans la manipulation de ces outils, aussi bien en terme d’informatique pure et de programmation que de TIC car j’appartiens à cette génération qui a vu débarquer à leur adolescence les premiers ordinateurs personnels à la fin des années 70 (un Apple + dans mon cas). Mais je suis avant tout un pédagogue et un didacticien. Ce qui m’intéresse c’est une didactique des Tice, pas une matière TIC...

    Ce que je crois à peu près entrevoir depuis les années 2000, c’est qu’il est nécessaire d’approfondir ce en quoi l’usage des Tic change la relation pédagogique avec les élèves et renouvelle profondément le rapport de l’enseignant à sa discipline quelle qu’elle soit, sciences dures ou sciences molles. C’est peut-être ma formation en Sciences de l’Homme et de la Société qui me donne cette appétence à considérer les Tic comme un moyen (parmi d’autres) de refonder l’Ecole en créant une pédagogie dédiée aux Tice dans les disciplines scolaires existantes.

    La menace de l’illettrisme numérique n’est pas là où on le croit : ce n’est pas en faisant des futures générations des experts TIC via une matière TIC que nous les rendrons lettrés nuémriquement. Les plus belles réalisations éducatives TIC appartiennent aux disciplines artistiques et humanistes, on ne les trouve pas dans les forums des mordus de technologie et des nerds qui vivent devant leurs claviers et sont de véritables incultes au sens où ils n’ont aucune capacité d’adaptation à des champs de connaissances fondamentales.

    Prenez le temps d’observer ce qui se passe sur le réseau social éducatif l’Ecole Hors les Murs / School Beyond the Walls, où c’est la pédagogie et les contenus qui sont mis en avant, pas l’outil... Vous verrez que ce n’est pas parce que l’on (et le « on », ce sont des élèves très ordinaires, des parents, des enseignants ...) utilise ce qu’il y a de plus performant technologiquement dans l’éducation sous le mode Web 2.0 (plateforme de e.learning, technologie Ning, vidéocast, modèles d’interactions très sophistiquées, etc...). Nous ne parlons jamais technique informatique, nous accompagnons les élèves dans les modalités d’appropriation des outils en rendant l’outil complètement transparent. le but des TIC, c’est de neutraliser tous les effets pervers de la maitrise de l’outil en le rendant réellement utilisable par tous, d’un collégien de 6ème à un retraité breton...

    J’ai posté sur le groupe Facebook de la Mission l’essentiel de mes contributions personnelles pour diagnostiquer certains blocages récurrents liés à l’entrée outil défendue ici par certains, obstinément, depuis maintenant plus de 30 ans. 30 ans d’échecs... Sur le groupe de travail de la Mission Fourgous à l’intérieur de notre réseau éducatif, nous avons aussi sollicité nos collègues d’autres pays qui ont été très réactifs, car ils se heurtent aux mêmes blocages qu’en France. Alors de grâce arrêtons les dégâts provoqués par l’entrée outil.

    En conclusion :
    - L’informatique doit être une matière optionnelle dans des filières spécialisées pour ceux qui se destinent aux métiers de l’informatique car nous avons besoin de techniciens et d’ingénieurs, pas d’enseignants TIC
    - Les TIC ne sont pas une discipline scolaire et il n’y a aucun intérêt à ce qu’elles le deviennent
    - Ne transformez pas les enseignants en experts informatique, ni même TIC. transformez les en bon pédagogues s’appuyant sur les Tice pour renouveler leurs pratiques, leur didactique, et leur maîtrise d’un champ de connaissances
    - Inséminons les Tic dans les disciplines scolaire existantes et décloisonnons les en favorisant par les Tice les pratiques collaboratives, la pédagogie du projet en créant des postes de technology teachers à l’anglo-saxonne mais en leur donnant de fortes responsabilités pédagogiques : cela sera beaucoup plus économique, plus efficace et surtout plus porteur de sens...
    - Introduisons dans les formations initiales des enseignants des modules puissants d’histoire de l’éducation et de sciences de l’éducation.

    Et deux incidentes à cette analyse :

    1. Les TIC en France d’un point de vue pédagogique, ce sont 30 ans d’échecs, qui succèdent aux échecs technologiques précédents. L’histoire de l’introduction des TIC commence en 1936 avec Henri Laugier, directeur de cabinet de Jean Zay, fondateur du CNRS : à l’époque il s’agissait d’introduire des programmes de radiodiffusion scolaires : premier échecs. Ensuite dans les années 60/80, ce fut le ratage de l’introduction de la télévision scolaire. Et cela ne semble pas suffire à certains ici... Vous n’en avez pas un peu marre de faire passer l’outil avant la pédagogie ??? Quand lancera-t-on le véritable chantier de refondation de l’école de Jules Ferry qui est morte et bien morte avec la massification de l’enseignement ? Ce chantier passe par un changement de culture mentale qui ne se fera pas en un jour, un changement culturel ou les TIC ont toute leur place, comme vecteur, ni plus, ni moins.

    2. Le B2i est périmé avant même d’être réellement appliqué. Segmenter les capacités informatiques en autant d’items qui ne sont de toute façon pas validés/évalués correctement faute d’une culture Tice commune parmi les enseignants est une erreur majeure... Mes élèves de collège ont développé des capacités plus étendues que celles du B2i car je leur apprends à réfléchir leur usage des Tic, en accompagnant leur production de façon freineTICque. Ne comptez pas sur moi pour cocher des cases de validation absurdes quand il s’agit de développer au contraire une maîtrise globale de l’outil pour créer des productions intellectuelles qui sont le véritable enjeu des Tice...

    Vincent Mespoulet,
    Enseignant,
    Créateur et administrateur du réseau éducatif l’Ecole Hors les Murs / School Beyond the Walls

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 8 octobre 2009 01:01, par Thierry Munoz

    Bonjour à tous,

    Je veux vous faire part de mon expérience et de quelques réflexions qui en découlent.
    Je suis enseignant en cycle3 (Cm2 actuellement) et une matière TIC ne me semble pas être la solution pour les élèves du primaire (je ne connais pas les problématiques des collèges et des lycées). Il faut avant tout que les élèves utilisent les ordinateurs dans leurs apprentissages quotidiens (ou presque) et qu’ils voient aussi leurs enseignants s’en servir devant eux : vidéoprojecteur pour afficher un site Internet en direct, TBI, etc.... Bref, comme cela a déjà été dit plus haut, les TIC sont d’abord des outils.

    Mais concrètement, comment faire quand il n’y a qu’un créneau d’1 heure hebdomadaire dans une salle d’ordinateurs (qui est peut-être à l’extérieur de l’école) où l’on est 2 par poste, comment faire quand il n’y a qu’ 1 ou 2 postes en fond de classe pour 28-30 élèves ? Comment faire quand il n’y a pas de connexion Internet dans la classe ? Comment faire quand un ordinateur est en panne et qu’il n’y a pas de budget pour le réparer ?

    Bien souvent, l’enseignant peut être réticent (en plus des raisons évoquées ci-dessus) : parce qu’on ne se sent pas assez capables face à des élèves qui quoi qu’on en dise sont souvent plus à l’aise, parce que ça peut paraître artificiel (on utilise l’ordinateur 1h par semaine pour quoi faire : apprendre à taper à la machine, faire une recherche « décrochée » du contexte...), parce ce qu’on n’est pas un technicien (que faire si ça « bugue », quand on est bloqué ?). Bref on marche à contre courant : les TIC étant perçues comme une contrainte supplémentaire.

    Alors avant de parler d’une matière TIC à l’école, équipons les écoles et dans la foulée formons tous les enseignants sur le matériel qu’ils utiliseront au quotidien (pas de formation dans une école idéale loin des réalités du terrain). Si ces derniers intègrent les TIC dans leur pratique quotidienne alors à mon avis les élèves suivront : utiliser les TIC se fera de façon banale (actuellement utiliser un ordinateur à l’école relève plutôt de l’exceptionnel pour les élèves : il suffit de les entendre « Chouette, aujourd’hui on va faire de l’ordinateur ! »).

    Ceci nous amène à la question de l’équipement (ce n’est pas la question posée mais ça me semble être la clé du développement de l’usage des TIC à l’école).
    Peut-être devrait-il y avoir une réflexion approfondie sur le type de matériel nécessaire dans les écoles (solution serveur-clients légers par exemple en prenant en compte la maintenance, la fiabilité,...) et sur la place des logiciels libres : d’un point de vue éthique, économique et philosophique. Ceci avant même de distribuer des enveloppes budgétaires. Or ces questions m’ont semblé passées au second plan lors du plan École Numérique Rurale (ENR) à destination des écoles des villes de moins de 2000 habitants. Même si l’initiative était louable (il ne faut pas oublier toutefois qu’il y avait aussi un volet économique puisque cela faisait partie du plan de relance), ce plan m’a semblé fait dans la précipitation, sans réelle discussion ou réflexion sur l’équipement par les utilisateurs finaux eux-mêmes. Il y avait bien un cahier des charges mais comment se sont fait les choix des municipalités dans la majorité des cas ? En regardant les prospectus commerciaux, en se fiant à un distributeur local... Il fallait déjà être sensibilisé ou un « initié » pour choisir des solutions à base de logiciels libres (quand elles étaient proposées...). Combien d’argent dépensé dans des onéreuses suites alors que des pendants gratuits existent, combien de licences de système d’exploitation achetées alors qu’il y en a de gratuits, ... ? Quelles incidences les choix faits peuvent-ils avoir sur les élèves et leur famille mais aussi les enseignants (consolidation ou pas des situations monopolistiques en assimilant par exemple un traitement de texte ou un système d’exploitation à une marque).

    On peut aussi regretter que les solutions libres financées par l’Éducation nationale ne soient pas plus mises en avant (ne serait-ce que par une aide « pointue » lorsque les écoles en font la demande) : au niveau du primaire, le projet EOLE (académie de Dijon) est confidentiel alors que justement c’est ce genre de projet qui peut permettre aux écoles de s’équiper à moindre coût (recyclage d’ordinateurs en clients légers grâce à la solution ÉclairNG basée sur Ubuntu et LTSP).

    Vous l’aurez compris, selon moi pour l’école primaire, répondre à la question « Oui ou non à une matière TIC à l’École ? » c’est mettre la charrue avant les bœufs.

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 8 octobre 2009 13:11, par Jean-Pierre Archambault

    école primaire - logiciels libres

    1) Une précision concernant la contribution de Thierry Munoz. Je ne pense pas que la question d’une « matière TIC pour les élèves du primaire » soit posée dans le forum. On parle du système éducatif dans son ensemble (de l’Ecole et non de l’école). Pour sa part, l’EPI (voir contribution ci-dessus « L’enseignement de l’informatique et des TIC (de l’école aux classes préparatoires) ») voit les choses ainsi :

    « 1) À l’école maternelle et à l’école élémentaire, une première initiation se fait à travers la découverte et les usages des outils informatiques. On sait l’importance des apprentissages précoces.

    Dans le cadre de la pédagogie pratiquée à ces niveaux, l’Informatique et les TIC, de par leurs vertus pédagogiques spécifiques, se prêtent bien à des activités favorisant la créativité et l’inventivité des enfants ainsi que le « travailler ensemble ».

    À la faveur d’activités signifiantes, on introduit, toutes les fois que nécessaire, les notions élémentaires de nature à faciliter la compréhension (structure de la machine, périphériques, informations, fichiers...). Celles-ci ne sont pas introduites pour elles-mêmes mais pour faciliter la maîtrise des pratiques.

    Dans les années quatre-vingt, l’utilisation du langage Logo s’intégrait bien dans des démarches de construction du savoir par les élèves et l’on peut regretter que cette pratique ait été abandonnée. »

    2) Par ailleurs, je rejoins la réflexion de Thierry Munoz sur la place des logiciels libres dans le système éducatif. On pourra se référer à la contribution « Des solutions libres pour l’éducation » du « thème 1 : Quels partenaires, quels partenariats ? » du « Forum, échanges, débats. »

  • Vocations informatiques 10 octobre 2009 09:16, par J.V.

    Je ne suis pas enseignant mais cadre de l’industrie, aussi les débats pédagogiques m’échappent-ils en partie ; même si je m’y intéresse un peu en tant que parent. Je voudrais intervenir sur ce qui me semble très important dans la période de globalisation de l’économie et de concurrence acharnée que nous vivons.
    Si nous voulons figurer encore dans le peloton de tête des pays développés et avoir encore longtemps le moyen de dispenser une éducation de qualité au plus grand nombre, encore faut-il que notre pays et l’Europe ne se laissent pas distancer sur tous les plans.
    Les pays émergents (Chine, Inde, Brésil, ...) font déjà aussi bien que nous, parfois mieux, dans bien des domaines (électronique, aviation, automobile, etc.). Penser que nous allons nous en sortir grâce au « haut de gamme » et à une forte valeur intellectuelle ajoutée, risque de devenir de plus en plus problématique si nous ne formons pas toujours plus de scientifiques, d’ingénieurs et de techniciens de haut niveau ; tout particulièrement dans les domaines de l’informatique et des TIC qui restent à notre portée, même si nous accusons déjà un certain retard.
    C’est du devoir du système éducatif (enseignements technologiques et généraux) de préparer ces élites de demain et cela dès le secondaire (je dirais dès le collège). Comme le fait remarquer justement un intervenant, nos spécialistes ne naissent pas par génération spontanée après le baccalauréat. C’est très vrai. J’ai personnellement décidé dès la classe de seconde de devenir
    ingénieur car j’avais un professeur de Physique remarquable. Peut-être serais-je devenu informaticien si j’avais eu un bon professeur d’informatique. Mais à l’époque (années 60) il n’y avait pas de discipline informatique dans l’enseignement général. Il n’y en a toujours pas 50 ans après !
    Meilleures salutations à toutes et à tous. J.V.

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 11 octobre 2009 21:15, par Philippe-Charles Nestel

    Les discours traditionnels qui se tiennent sur les TIC à l’école depuis plusieurs décennies se concentrent exclusivement sur les seuls usages des outils, occultant les concepts et savoirs sous-jacents nécessaires à une authentique maîtrise de ces usages.

    Un récent ouvrage de François de Closets recommande l’utilisation du correcteur orthographique à l’école. Pour autant, dans « Zéro faute » François de Closets ne considère pas que le seul usage de cet outil pourra suppléer aux dysfonctionnements orthographiques des jeunes générations s’il ne s’accompagne pas, dans le même temps, de cours de grammaire.

    Et si certaines compétences, comme celle du bon usage du correcteur orthographique souhaité par François de Closets, ne relèvent pas forcément une matière TIC (ou ITIC) spécifique, d’autres plus complexes à mettre en oeuvre ne peuvent faire l’économie d’un authentique enseignement de l’Informatique et des technologies de l’information et de la communication. Or depuis des décennies l’institution scolaire, dans les querelles byzantines dont elle a le secret, oppose l’usage des TICE dans toutes les disciplines à un enseignement spécifique, comme si les deux pouvaient et/ou devaient être opposés.

    Dans ces conditions, comment atteindre les compétences communicationnelles posées par monsieur Alain Séré, dont tout le monde, me semble-t-il, saisit l’urgence ?

    Mac Luhan nous l’avait bien dit : « The medium is the message ».

    Peut-on considérer une fois encore, depuis le fameux plan informatique pour tous, que pour lutter contre la « fracture numérique », il suffit de distribuer des ordinateurs pour que nos élèves, comme par enchantement, soient aptes au travail collaboratif ?

    Certaines compétences nécessitent bien plus que le simple usage de l’outil si elles ne s’accompagnent pas de la connaissance des concepts et méthodes du medium lui-même.

    Pour ce faire, une matière dédiée à l’Informatique et aux technologies de l’information numérique est donc nécessaire.

    Lors de la campagne présidentielle, le candidat Sarkozy n’avait-il pas déclaré qu’il fallait introduire « l’écriture de programmes informatiques dès le collège » ?

    « Pourtant cette capacité à écrire du code est la clé de l’indépendance face à la technique. La solution passe par la refonte des programmes éducatifs consacrés à l’informatique, trop centrés sur la pratique, et le renforcement des moyens consacrés à ces formations informatiques ».

    Référence : http://www.candidats.fr/documents/r...

    L’intégration de l’algorithmie dans les nouveaux programmes de mathématiques au lycée, constitue certes un pas en avant mais ne suffit pas. Il faut mettre en place une matière Itic au lycée.

    En ce qui concerne les collèges, 33% des programmes qui intégraient au sein de l’enseignement de la Technologie des notions informatiques ont été supprimés en 2008, au seul profit de l’usage de l’outil, contre l’avis de tous les syndicats sans exception. Les nouveaux programmes concentrent uniquement cette discipline sur l’étude des objets techniques, occultant le fait que les nouvelles technologies ne sont pas seulement constituées de matériels, mais également de logiciels, de protocoles, d’objets technologiques non matériels qui nécessitent d’être étudiés en tant que tels.
    Que faire pour les collèges ?
    Doit-on mettre en place parallèlement à la Technologie une autre discipline, au moment où l’heure est aux restrictions budgétaires ou refondre les programmes et réintroduire un volet informatique dans cette matière ?

    Afin de me concentrer sur la clé de voûte de l’édifice, j’ai volontairement mis de côté dans cette contribution l’aspect fondamental des logiciels et ressources sous licences libres sans lesquels tout travail collaboratif, toute mise en corrélation des données dans une auto-production réalisée par des élèves, leur permettant d’apprendre à apprendre à l’ère du numérique, seraient fortement improbables.

    OUI à une matière ITIC à l’école.

    Cordialement,
    Philippe-Charles Nestel

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 16 octobre 2009 17:09, par Blanchet Francis

    Enseignant de mathématiques au lycée, je voudrais apporter mon éclairage particulier sur cette question telle qu’elle résulte de mon expérience professionnelle. Plus personne ne peut nier que les TIC, au sens le plus large du terme, sont omniprésentes dans la société et qu’elles le seront de plus en plus. Ce n’était pas le cas, et l’on ne pouvait prévoir que cela le deviendrait, il y a 50 ans. Par quel miracle l’école pourrait dire qu’elle prépare les élèves à ce contexte radicalement nouveau avec les mêmes matières enseignées que jadis, par une simple modification de quelques programmes ? L’école se doit de former les jeunes à affronter et maîtriser l’environnement dans lequel ils évolueront ; en particulier, elle se doit de les préparer, non pas à utiliser tel ou tel outil, mais à comprendre son fonctionnement et à pouvoir s’adapter facilement à ses évolutions successives. Et seule, une matière spécifique (quelle que soit son nom, informatique, ITIC,...) peut permettre aux jeunes de comprendre leur futur environnement, tant sur le plan personnel que professionnel.
    Or que constate-t-on actuellement ? plusieurs matières traditionnelles, en particulier les mathématiques, craignent une baisse de leur « aura » et donc du nombre de leurs enseignants. L’inspection générale de mathématiques a trouvé une parade : empêcher la création d’une matière spécifique qui (pense-t-elle) lui ferait ombrage en publiant en catastrophe un programme de seconde (à la veille de la rentrée), et ce quelques semaines avant l’annonce d’une réforme du lycée. Résultat, on introduit « au forcing » des TICE dans le programme de math dans des domaines où ils n’apportent rien. Des enseignants non formés dans ce domaine (nous) devrons donc pousser à l’utilisation de logiciels pour résoudre de manière compliquée des problèmes beaucoup plus faciles et rapides à résoudre « à la main ». Je ne suis pas certain que les associations de prof de math, les groupes « math » des syndicats n’aient pas en partie ce type de réflexe corporatiste.
    L’utilisation des TICE peut apporter une aide essentielle dans certains domaines de ce que nous devons enseigner, faire un programme de mathématiques basé artificiellement sur l’utilisation des TICE est nuisible aux mathématiques mais aussi à ces TICE, qui risquent d’être jugées par beaucoup comme un carcan inutile.
    Les programmes de mathématiques doivent être renouvelés, en éliminant les parties que le progrès a rendu superflues (« avant les calculatrices », une partie importante du programme de mathématiques de prépa était réservée au calcul numérique ; cette partie a heureusement disparu) et en utilisant l’aide essentielle des calculatrices et de certains logiciels pour l’enseignement d’autres parties.
    Mais pour les mathématiques (comme, je crois, pour toute les matières traditionnelles), ce qui est issu des avancées de l’informatique ne peut, ne doit être qu’un outil.
    La compréhension de ces outils, de leur devenir, ne peut provenir que d’une matière spécifique enseignée par des professeurs d’informatique, surtout pas par des professeurs de matières actuelles (mathématiques, physique,...) qui nécessairement essayerons d’adapter leur logique propre dans une discipline que a son type de fonctionnement.
    Pour ma part, j’ai beaucoup de respect pour l’informatique, quelques connaissances dans ce domaine, je serais un mauvais professeur de TIC.
    La demande de création d’une matière spécifique, donc distincte des mathématiques, résulte du goût que j’ai pour les mathématiques et pour l’informatique, de la conviction que ces deux matières sont indispensables pour former le citoyen de demain ; d’aujourd’hui même.

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 18 octobre 2009 10:18, par Lorenzo

    Une « matière TIC » ça n’a pas de sens, il y manque le « S » de sciences, il y manque donc la pensée originale qui s’est développée depuis 50 ans et porte le nom d’informatique. Apprendre des outils c’est stupide parce que les outils sont obsolètes au bout de cinq ans au maximum. A titre de comparaison, imaginez une langue vivante qui évoluerait 100 fois plus vite que la normale, c’est-à-dire (pour simplifier) que son vocabulaire, son accentuation, sa syntaxe seraient renouvelées de moitié en 5 ans (c’est un peu le cas de l’hébreu moderne et de l’anglais dans certaines régions). Seriez-vous capable d’enseigner cette langue ? Votre enseignement aurait-il un sens ?

    Ce ne sont pas les outils qu’il faut enseigner, c’est la pensée, la créativité, l’esprit critique, bref totu ce qui aura du sens encore dix ans après.

    En un mot, c’est l’informatique qu’il faut enseigner, une science de la pensée qui s’enrichit et crée des objets numériques, dans un aller-retour fécond entre technologies mouvantes et mécanismes fondamentaux. Et qu’on n’y voie pas un retour d’une activité limitée à la programmation : est-ce que vous ou quelqu’un programmez votre appareil photo ? et pourtant c’est un objet numérique plein d’attraits y compris en situation d’enseignement.

    Comme il s’agit d’un savoir fondamental, il vaut mieux ne faut pas en faire une option mais un enseignement pour tous.

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 20 octobre 2009 13:46, par Ignace Rak

    POURQUOI LE COLLEGE EST-IL EN RECUL DEPUIS 2008 SUR LES APPRENTISSAGES DE BASE EN TIC ?
    Les professeurs actuellement et officiellement en charge des apprentissages de base en TIC, sont principalement les professeurs de technologie et ceci depuis 1996. Dans un très récent sondage, octobre 2009, ceux-ci sont assez formels : 91 % disent qu’il n’est pas envisageable sans apprentissages de base organisés et planifiés, y compris sur quelques connaissances informatiques et pour 80 % d’entre eux il est nécessaire de maintenir ou d’installer un enseignement spécifique (voir les documents et résultats ci-dessous).
    Ma contribution s’appuie sur mon expérience professionnelle personnelle de 1987 à 1999 d’Inspecteur de l’Education Nationale, puis comme Inspecteur d’Académie, Inspecteur Pédagogique Régional (IA IPR) en sciences et techniques industrielles, donc d’acteur en 4e et 3e technologiques en collège et lycée professionnel, puis en technologie au collège pour la mise en place des formations des professeurs concernant les TIC puis des nouveaux programmes (1985, 1990, 1996).

    Une histoire vécue et datée : 1985-1996-2000-2008
    Dès la parution du nouveau programme de technologie collège en 1985 totalement axé sur les savoirs et savoir-faire sélectionnés dans les pratiques sociales du monde de l’entreprise, les professeurs de technologie ont été formés et ont enseigné la dactylographie sur des machines à écrire, puis rapidement sur les premiers ordinateurs avec les logiciels de traitement de texte et de tableur-grapheur utilisés dans les entreprises. D’autre part ils ont été contraints d’apprendre la programmation de petits systèmes automatisés et petites machines à commande numérique pour usiner des pièces en métal ou en matière plastique.
    A la rentrée 1996 lors de la révision de l’ensemble des programmes de collège, le ministère de l’éducation nationale décide de confier à la seule discipline technologie l’ensemble des apprentissages de base aux TIC bureautique, ceci pour tous les élèves du collège pour être utilisés dans des applications dans toutes les autres disciplines. C’était donc très clair. Etant en poste d’IA IPR dans l’académie de Paris en 1996, la quasi-totalité des crédits de formation continue pour les 400 professeurs de technologie en poste durant quatre années (1996-2000) ont été dépensés pour une solide formation en TIC.
    Dans les années 2000 apparaît un référentiel des TIC pour l’école et le collège afin d’obtenir une certification officielle intitulée Brevet Informatique et Internet (B2i), d’abord expérimental, puis obligatoire au collège à la session 2008 et intégré au collège dans le Diplôme National du Brevet (DNB). Curieusement cette certification ne concerne que les usages courants bureautiques et de communication usuels au niveau « domestique ». Ne sont donc pas retenues les connaissances informatiques dispensées pour les applications industrielles du programme de technologie enseignées depuis 1996.
    Entre 2000 et 2008 le ministère et l’une de ses directions, la DGESCO, révise plusieurs fois le référentiel des compétences en supprimant, dans sa dernière version, les quelques connaissances informatiques existantes et en ne gardant que les « compétences », donc des savoir-faire dans leur seule dimension d’outil. Cette même direction ministérielle instaure ainsi le principe selon lequel toutes les disciplines du collège sont désormais responsables des apprentissages et des validations de la certification B2i, c’est-à-dire tout le monde, donc plus personne.

    Quelques faits et chiffres pour éclairer les enjeux et décisions
    Deux faits importants sont à signaler. Le premier c’est le fait que seulement 24 % des élèves arrivent en 6e avec le B2i école dans un sondage récent de septembre 2009 sur 63 collèges. Le second fait, c’est qu’à l’issue de la scolarité du collège 48 % des validations du B2i collège sont directement prononcées par le jury départemental, ceci malgré un avis défavorable du conseil des professeurs.
    D’autres chiffres sont à examiner. En novembre 2007 dans un sondage sur 135 collèges, 96 % des apprentissages de base en TIC sont assurées par les professeurs de technologie et se sont encore eux qui valident 78 % des compétences du B2i à la session 2008 du Diplôme National du Brevet (DNB). Une étude que j’ai aussi faite sur la place de l’apprentissage des connaissances TIC dans les nouveaux programmes de collège lors de la consultation des enseignants de d’avril-juin 2008, indique que 58 connaissances en TIC se trouvaient dans la discipline technologie avec 0 heure fléchée pour cela et 3 connaissances en mathématiques sans aucune heure fléchée non plus.

    Enjeux et décisions

    Je suis spécialiste de l’élaboration des curriculums et programmes mais pas spécialiste des contenus informatiques et des technologies de l’information et de la communication. Or je constate une dérive depuis les années 2000 vers ce que j’appelle « tout le monde est responsable des apprentissages informatiques de base et donc personne n’est responsable d’une faute répartition précise des connaissances ». Par ailleurs comment comprendre que la discipline technologie au collège soit responsable de 98 % des apprentissages de base dans les nouveaux programmes de collège 2008 et que dans le même temps on ramène le temps à y consacrer du programme 1996 (1/3 du temps), au programme de 2005 (1/4 du temps), à 0 heure en 2008 ?
    Quant aux contenus, les connaissances en TIC, ne peut-on pas se poser la question de savoir pourquoi depuis 1996 ceux-ci ne se sont pas ouverts aux connaissances relatives aux logiciels libres, à l’interopérabilité, etc.
    Nul doute que la commission présidée par M. Fourgous devrait examiner, ou réexaminer, les contenus et orientations des programmes actuels de 2008 en collège, en particulier ceux du programme de technologie pour leur donner, redonner, les moyens horaires et contenus pour installer une véritable culture informatique de base responsable de 98 % des connaissances de base en collège ?
    Faute de réponse, alors ne faut-il pas se résoudre à ne rien installer en France de solide, contrairement à d’autres pays comme par exemple le Maroc qui a installé depuis 2007 une nouvelle discipline informatique au collège et au lycée ? La décision, au collège, se trouve, selon moi, entre la désignation d’une discipline existante comme responsable de l’ensemble des apprentissages TIC, et une discipline à créer (avec toutes les contraintes : contenus informatiques, création d’un corps de professeurs informatique, un corps d’inspection spécifique, des salles équipées et attribuées à cette discipline, des budgets conséquents pour l’achat et renouvellement de matériels, ainsi que pour les achats de fournitures consommables). La solution ministérielle actuelle (DGESCO) décidée en 2000 d’un flou dans la répartition des responsabilités des apprentissages de base entre toutes les disciplines à gérer dans chaque établissement, est une orientation suicidaire vis-à-vis d’une égalité claire entre tous les collégiens sur le territoire national d’accession à une culture de base en Informatique et Technologie de l’Information et de la Communication (ITIC).
    Pour ne pas encombrer ce texte de différentes adresses URL sur les documents cités, vous pouvez consulter le portail http://pagesperso-orange.fr/techno-... et en particulier « Sondage 2009 sur : B2i et TIC technologie 2009-2010, quel avenir ? »

    Le 20 octobre 2009

    Ignace Rak Inspecteur d’Académie, Inspecteur Pédagogique régional en Sciences et Techniques Industrielles honoraire de l’Académie de Paris.

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 24 octobre 2009 10:15, par Ignace Rak

    Dans ma contribution précédente du 20 octobre, deux erreurs se sont glissées dans les chiffres. Il s’agit de lire 23 % (au lieu de 24 %) pour le nombre d’élèves arrivant de l’école primaire au collège avec le B2i école. Et de lire 24 % (au lieu de 48 %) des élèves de 3e du collège qui se voient attribuer le DNB malgré un avis négatif des professeurs pour le B2i collège obligatoire dans le Diplôme National du Brevet (DNB). Avec toutes mes excuses. Ignace Rak IA IPR honoraire en STI de l’Académie de Paris.

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 16 novembre 2009 10:47, par Michel Guillou

    J’ai déjà en partie répondu à cette question dans une autre contribution.

    On le voit bien à la lecture de certaines des contributions ci-dessus, on confond tout, TIC, Tice, informatique, culture numérique... À la question posée ici, certains répondent oui en n’hésitant pas à lire « informatique », domaine de spécialistes pour des spécialités post-bac, là où la question posée est celle de l’imprégnation de la culture numérique dans l’école, de la capacité de cette dernière et de ses maîtres à s’adapter, de la capacité des élèves à appréhender les difficultés citoyennes, juridiques, sociétales de cette imprégnation, à décrypter l’information multiforme et massive qui leur arrive par cette voie.

    Alors, la réponse à la question est oui, bien sûr. Mais ne pas tout confondre, s’il vous plait. Et surtout ne pas renouveler les erreurs du passé (cf. l’option informatique).

    Donc oui à une éducation à la culture et aux médias numériques. Voir à ce sujet un autre article.

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 25 novembre 2009 22:40, par Rémi Boulle, animateur du groupe de travail Éducation de l’April

    L’April est, en matière éducative, attachée à la formation
    d’utilisateurs autonomes, éclairés et responsables. Nous considérons que
    les logiciels libres constituent, de par la transparence technologique
    qui les définit et les valeurs de partage qui les fondent, l’un des
    leviers les plus précieux à la disposition de la communauté enseignante
    pour l’enseignement à et par l’informatique.

    Les logiciels libres rendent en effet plus aisées, voire tout simplement
    possibles, des pratiques pédagogiques qui visent à donner aux élèves et
    étudiants non la capacité d’apprendre comment accomplir une tâche
    donnée avec un logiciel donné mais celle de comprendre les mécanismes
    de traitement de l’information mis en œuvre par ce logiciel, ceci dans
    le but de fournir à ces élèves des connaissances qu’ils pourront
    réinvestir non seulement dans la pratique d’un autre logiciel similaire
    (absolue nécessité compte tenu de l’obsolescence des logiciels), mais
    aussi et surtout, qui nourriront l’analyse critique qu’ils pourront
    développer sur les limites et les contraintes posées sur leurs activités
    chaque fois qu’ils emploient un ordinateur.

    Notre premier souci, en matière éducative, est donc de solliciter en
    préalable indispensable de l’enseignement /avec/ l’informatique, un
    enseignement /de/ l’informatique /en tant que telle/. Idéalement, au
    plus tard dès le collège et jusqu’au bac, cet enseignement aborderait
    progressivement les questions de la représentation des données (quel
    choix de formats de fichier en fonction de quel usage), des différentes
    couches logicielles (système, interfaces, logiciels applicatifs et les
    rapports qu’ils entretiennent), puis, sans doute dans un second temps,
    des principes généraux de l’algorithmique (seuls à même de permettre la
    compréhension de la notion centrale de processus), des réseaux (là
    encore quel protocole et pour quel usage, avec quelle sécurité) et de
    leurs usages (techniques et usages des outils collaboratifs) tant dans
    la sphère privée que professionnelle, ... Il va de soi que, par son
    objet même, cet enseignement trouvera à chacune de ses étapes un
    débouché nécessaire dans l’expérimentation afin d’amener les enfants à
    relier naturellement outils, usages et théorie.

    En tout état de cause, si le souci d’éducation à ce qu’on peut appeler
    la « citoyenneté sur internet » est des plus légitimes, il nous
    semble clair que cette éducation, pour être pertinente et durable, ne
    peut être construite que sur les bases solides que nous venons
    d’évoquer, de la même manière qu’on ne saurait comprendre un texte sans
    connaître les règles de la grammaire du langage employé. Nous ne pouvons
    donc sur ces questions que nous associer aux demandes et recommandations
    similaires déjà formulées, par exemple dans le rapport général sur la
    Stratégie Nationale de Recherche et d’Innovation
    (http://media.enseignementsup-recher...)
    ainsi que par nos confrères de l’association EPI.

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 27 novembre 2009 16:53, par SOUILLOT Jacques

    2009 a été proclamée « Année européenne de la Créativité et de l’Innovation » (projet de l’Union européenne : http://www.creativite-innovation200...). Dans tous les domaines d’activité on s’applique à créer et innover pour résoudre nombre de problèmes. Eco-technologies, bio-technologies sont sur le devant de la scène. Leurs développements rapides sont assurés par leur pleine immersion dans le numérique. Un exemple à suivre dans d’autres domaines ? Cela mérite plus que réflexion et il faudrait s’en donner les moyens !

    La réactivité et la vitalité de notre pays dépendent aujourd’hui de la capacité de ses habitants-travailleurs-citoyens à comprendre et faire bon usage du numérique. L’école ne doit-elle pas les préparer, dès leur jeune âge à apprendre l’essentiel de ce qui fonde les principes du tout numérique ?

    Se familiariser avec les outils (ordinateurs, logiciels, Internet…) est vital, mais ne saurait être suffisant. L’école a pour devoir de conduire les jeunes vers plus de compréhension du monde dans lequel ils vivent : il faut leur permettre de dépasser l’état de consommateur-utilisateur. Il en va du respect de leur curiosité et de leur intelligence, tout autant que de notre avenir.

    Les disciplines programmées en collège et lycée ne permettent pas d’aborder de façon profonde de quoi est fait le numérique. Ne faudrait-il pas offrir à tous (pour éviter toute fracture supplémentaire) un enseignement disciplinaire de l’informatique et du numérique ?

  • Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ? 21 décembre 2009 21:16, par Philippe Foucher

    Oui ou non à une matière TIC à l’Ecole ?

    Pas une matière non. Mais pourquoi pas un horaire indicatif minimum ? Rien n’empêche d’indiquer un quota horaire d’1 h par semaine de recours minimum aux TICE sur une matière au choix ?

    Le constat de terrain : depuis le passage de 26 aux 24 h, les pratiques TICE ont en moyenne bien baissées. Les collègues ont beaucoup de mal à encaisser ce resserrement horaire.

    Mais surtout, transdisciplinarité de l’outil TIC assurée par la polyvalence de l’enseignant sans formation... Quel pays plus intelligent que la France ? B2i assoupli, C2i validé du bureau du principal... C2i2e bidonnée pour les nouveaux enseignants. On a le souci de la « faisabilité » qu’on peut...

 
Assemblée nationale   MEN