Pour
les TICE

Jean-Michel Fourgous

Interview de Jean-Michel Fourgous

1- Après un premier rapport, en 2010, sur l’équipement numérique des écoles, vous proposez aujourd’hui un second rapport parlementaire sur la pédagogie à l’heure du numérique. Pourquoi vous passionnez-vous pour le numérique et la réussite scolaire ?

Mon expérience m’a permis de prendre conscience très tôt de l’importance des supports et de la pédagogie employés par l’enseignant dans la motivation à apprendre. Issu d’une famille modeste, j’ai souffert d’une pédagogie magistrale, trop uniformisée, qui me maintenait en position passive. J’ai quitté l’École pour rentrer dans une entreprise informatique (IBM). La pédagogie interactive et collaborative m’a redonné confiance en moi et l’envie d’apprendre. Remotivé, j’ai repris mes études deux ans plus tard. Cet échec et ce rebond grâce à l’informatique m’ont convaincu que le numérique à l’école pouvait favoriser la réussite dans les apprentissages et l’égalité des chances.

2 - Quelles sont les points forts du numérique ?

Le numérique est un accélérateur de changement et un démultiplicateur d’intelligence collective pour la société de demain. C’est le premier acteur de la croissance mondiale, premier créateur d’emplois en France : un demi-million d’emplois seront créés ainsi d’ici 2015. Internet modifie les modes de fonctionnement, impose plus d’horizontalité dans les échanges. Tous les nouveaux métiers nécessitent des compétences numériques. Il y a donc urgence à faire évoluer l’École. Aujourd’hui, 97% des familles avec enfants ont un accès Internet au domicile : la fracture numérique n’est plus un problème d’équipement. C’est un problème culturel : quand on sait l’utiliser à bon escient, Internet démocratise l’accès à la connaissance. À l’école, il remotive les élèves, développe leur confiance, leur autonomie, leur créativité… Avec ces outils, l’enfant apprend quand il veut, comme il veut, où il veut, sans le regard des autres. L’apprentissage devient nomade. C’est un formidable accélérateur de réussite scolaire : en 2009, le rapport Marzano a montré que ces outils permettent d’améliorer les résultats scolaires jusqu’ à 31%. À une époque où seuls 11% des lycéens déclarent aimer l’école, il ne serait pas réaliste de se passer de ces outils.

3 - Pourquoi cette seconde mission ?

Équiper les classes ne suffit pas à améliorer les résultats scolaires. L’Observatoire de l’Éducation de Norvège a montré que, lorsqu’il y a appropriation pédagogique de ces outils par les enseignants, les élèves s’investissent plus et les résultats scolaires s’améliorent. Il existe un consensus sur la nécessité d’une évolution des pratiques vers des pédagogies plus actives, participatives, collaboratives (travail en groupe) et différenciées (respect des différences entre élèves). Selon un sondage d’Opinion Way de 2012, 93% des Français souhaitent ainsi que notre École évolue. Les États-Unis, viennent de consacrer 150 M$ dans la création d’une agence pour l’innovation pédagogique avec le numérique. En Finlande, 90% des professeurs utilisent les TICE1 à des fins d’apprentissage individualisé !

Si l’École n’avait qu’un seul rôle, ce serait celui-là : faire découvrir aux élèves le plaisir d’apprendre
Bruno Della Chesia, Professeur à Harvard

Une autre interrogation : une étude de l’OCDE montre que l’utilisation de l’ordinateur au domicile a plus d’impacts positifs sur les résultats scolaires que son utilisation en classe. Ce second rapport propose un nouveau modèle d’enseignement permettant, grâce au numérique, de faire réussir chaque élève et de lutter contre l’échec scolaire.

4 - Vous proposez 25 mesures principales. Si vous deviez n’en retenir que quatre : quelles sont celles qui vous semblent les plus importantes pour renouer avec une « École de la réussite » ?

Toutes sont importantes. Mais après les nombreuses auditions et les rapports analysés, je suis convaincu que l’évolution ne se fera que s’il y a facilitation, formation, obligation et évolution de la conception d’apprentissage :
1 - Les outils numériques doivent être facilement accessibles et utilisables.
2 - Les enseignants doivent être formés et accompagnés.
3 - Les professeurs enseignent ce qui est évalué donc pour intégrer le numérique à l’École, tous les examens et concours doivent évaluer la maîtrise des outils numériques. Au Danemark, les élèves peuvent utiliser Internet aux examens. Ils sont notés sur leur raisonnement, leur créativité, leurs compétences numériques…
4 - Le monde change. Nos enfants font partie de ceux qui ont le plus d’heures de cours et ce facteur ne garantit pas de bons résultats scolaires (voir la Finlande). Nos enfants n’apprennent plus de la même manière. Ils passent 30h/semaine devant les enseignants et plus de 30 heures devant les écrans. L’École doit prendre en compte cette évolution et mettre en place une pédagogie mixte (en classe et en ligne, hors classe) : cela permettra de mieux maîtriser ce temps de travail extrascolaire et de développer, chez les élèves, la capacité à se former tout au long de la vie.

1Technologie de l’information et de la communication pour l’enseignement