Mission Fourgous pour les Tice

La rentrée 2009 selon Philippe Meirieu

mercredi 23 septembre 2009

Philippe Meirieu revient sur la préface qu’il a écrit pour Pierre Frackowiak : Pour une école du futur, du neuf et du courage : « Les enseignants de 2009 sont en attente d’une parole forte. Ils veulent pouvoir se saisir de véritables projets, ambitieux et consistants, quitte à les discuter […]. Ils ont simplement envie d’être respectés. Impliqués dans une action collective à la hauteur des exigences de la République et des difficultés de ce temps »

Rentrée 2009 : qui est grippé ?

(de Philippe Meirieu)

Extraits :

Quand comprendra-t-on que ce n’est pas en cherchant des compromis mous qu’on mobilisera le pays sur son école ? Quand tentera-t-on de construire des alternatives qui permettent de sortir « par le haut » des impasses dans lesquelles nous sommes ? Quand renoncera-t-on à déduire du fait qu’une réforme n’a pas été acceptée que toute réforme ambitieuse est impossible ? Quand prendra-t-on, enfin, le taureau par les cornes en travaillant sur la structure des établissements, la conception des programmes et la définition du service enseignant ?

Préface du livre de Pierre Frackowiak : Pour une école du futur, du neuf et du courage

Le courage n’est pas une vertu parmi d’autres. C’est la vertu sans laquelle il ne peut y en avoir aucune autre. Sans courage, la fidélité à ses idéaux se fait vite crispation sur ce qui fut important, voire révolutionnaire, mais qui est devenu un obstacle à toute invention et enkyste toute réflexion. Sans courage, la loyauté à son parti ou à son institution s’aplatît en « politique de la moindre vague », quand ce n’est pas en obéissance aveugle, plus ou moins teintée d’opportunisme carriériste. Sans courage, la lucidité affichée bascule dans le pessimisme désabusé, la critique engendre le fatalisme et les plus rationnels finissent toujours par invoquer le destin. […] Sans courage, même les convictions les plus subversives s’enferment dans un conservatisme pieux. Sans courage, en réalité, nous n’avons aucune chance d’être à la hauteur de ceux dont nous nous revendiquons : Rousseau, Condorcet, Ferry ou Jean Zay, de loin le plus actuel et le plus courageux de tous.

Notre système scolaire est enkysté dans des modalités de fonctionnement qui ont, jadis, constitué un progrès considérable, mais qui sont devenues un obstacle à son développement. Pour l’essentiel, ces modalités sont antérieures au grand mouvement de démocratisation de l’accès au secondaire qui a commencé avec la prolongation de la scolarité obligatoire à seize ans en 1959. C’est la classe, toujours en quête d’une improbable homogénéité, et le modèle transmissif, collectif et frontal, qui lui est associé. C’est la conception du travail scolaire dans les « disciplines nobles », selon laquelle on vient à l’école écouter le cours et l’on repart chez soi faire ses devoirs. C’est l’organisation en paliers successifs d’une année qui condamne à faire redoubler dans toutes les matières un élève qui est insuffisant dans l’une d’entre elles. C’est la notation sur 20 qui aboutit à reconstituer systématiquement la courbe de Gauss, avec un tiers de bons, un tiers de moyens et un tiers de faible. C’est l’orientation par l’échec vers l’enseignement professionnel qui condamne ce dernier à rester une voie d’exclusion. […]

Ce sont des programmes conçus comme des catalogues qui bloquent toute véritable initiative pédagogique. C’est un emploi du temps en « tranche napolitaine » qui décourage toute tentative pour véritablement « différencier la pédagogie ». C’est l’anonymat au sein des établissements qui laisse se développer les tensions, quand ce n’est pas l’affrontement systématique. C’est la place ridicule donnée aux parents qui les amène à multiplier les pressions externes pour compenser l’absence de toute véritable écoute et concertation…

[…] Inquiets, découragés, caporalisés, acculés à la désobéissance, les enseignants de 2009 veulent une alternative à la politique actuelle. Ils sont en attente d’une parole forte. Ils n’ont pas besoin de nouveaux arrangements de façade ou de propositions de pacotille. Ils veulent pouvoir se saisir de véritables projets, ambitieux et consistants, quitte à les discuter, voire à s’affronter sur leur mise en application. Ils en ont assez d’être agressés, mais ils savent à quel point il est dérisoire d’être flattés. Ils ont simplement envie d’être respectés. Impliqués dans une action collective à la hauteur des exigences de la République et des difficultés de ce temps.


2 contributions

  • La rentrée 2009 selon Philippe Meirieu 28 septembre 2009 12:23, par florence meichel

    Je crois que le courage que vous évoquez relève beaucoup de la perception qu’a chacun de sa responsabilité individuelle et citoyenne dans son système d’action !

    Je voudrais juste témoigner de ce que j’ai été amenée a vivre dans le cadre des mes études...de ce que j’ai reçu http://tinyurl.com/c73f8s et ce que ca m’a amenée a construire avec d’autres : réseau apprendre 2.0 http://apprendre2point0.ning.com/

    On passe difficilement de rien a tout...il me semble que cette capacité a oser, a lâcher prise, a besoin d’être accompagnée...co-accompagnée...les « réseaux apprenants » peuvent se révéler être des espaces ou se jouent ces processus formatifs !

  • Grippe A cheval de Troie ? 5 octobre 2009 09:46, par gtouze

    À lire sur le même sujet http://www.pedagopsy.eu/alain_bouvi...

 
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