Vers des enseignants plus créatifs et novateurs
Dans un récent article, Jean Heutte écrit :
« Au cours de l’étude exploratoire ethnographique (Campus Virtuel de l’université de Limoges, 2003-2005), les étudiants déclarent souvent être très surpris par l’efficacité du travail collaboratif : dès qu’ils ont l’occasion de constater que le résultat du travail du groupe dépasse de beaucoup ce qui aurait été obtenu par une simple juxtaposition coopérative des contributions de chacun, cette prise de conscience provoque parfois une sorte de choc émotionnel. Ceux-ci reconnaissent que par la suite, ils s’investissent bien au-delà de ce qu’ils avaient envisagé, un peu comme s’ils étaient grisés par le sentiment d’efficacité collective du groupe.
Certains évoquent, de façon très explicite, le sentiment d’avoir été portés par une sorte d’euphorie qui favorise implication et concentration, tout en faisant perdre la notion du temps. L’évocation de cette émulation collective à son paroxysme au moment de terminer le travail du groupe correspond en tous points à cet état optimal de l’expérience humaine que Csikszentmihalyi (1990, 2004) appelle le flow.
Cette expérience est si gratifiante qu’elle justifie à elle seule que ceux qui l’ont vécu (au moins une fois) se donnent parfois beaucoup de mal pour réunir toutes les conditions afin de pouvoir la revivre à nouveau. »
Heutte a mis en évidence la nécessité pour un individu de sentir qu’il appartient à un groupe, de savoir que son avis est pris en considération, qu’il est reconnu par ses pairs et actif dans l’élaboration d’un travail commun. Il devient alors plus efficace, plus performant et décuple sa motivation. Aujourd’hui plus que jamais, les enseignants ont besoin de se sentir portés par le sentiment d’être utiles dans leur fonction, reconnus dans leur professionnalisme et appréciés par leur hiérarchie et la société.
Pour donner à ses élèves le goût d’apprendre, le désir de réussir, la conquête du savoir, l’enseignant doit s’adapter sans cesse et adapter sa pédagogie pour répondre aux attentes toujours nouvelles de la société en mutation (pages 241 à 245 du rapport) : « l’enseignant doit être un révélateur de talent, imaginer et élaborer des activités motivantes qui amènent l’élève à construire son propre savoir. [...] Il se doit de savoir diriger un projet visant à développer les apprentissages des élèves. […]Il doit être un très bon manager à savoir une personne capable de développer les compétences de ses élèves, qui contribue à leur épanouissement, capable de conduire un projet et de travailler en équipe. » L’enseignant doit faire preuve de curiosité, d’imagination et de créativité : ces aptitudes se développent notamment par le « sentiment de compétence » et d’« appatertenance sociale » ressenti par chaque enseignant (Heutte et Déro).
Il ne peut plus enseigner comme avant. Il se retrouve devant un terrain pédagogique pratiquement vierge à défricher. C’est un défi qu’il ne peut éviter, il n’a pas le choix et l’enseignant dispose aujourd’hui, au travers des Tice, d’outils puissants, novateurs et adaptés afin de répondre à cette évolution.
La formation des enseignants doit s’adapter et prendre en compte ces nouvelles exigences. Puisque la résultante du travail commun est supérieure à la somme des compétences de chacun (démontré par les travaux de Heutte), le travail collaboratif s’impose et doit devenir le nouveau mode de travail, la nouvelle règle d’action. L’enseignant devrait être formé à cette manière de travailler, il devrait pouvoir collaborer avec ses pairs pour que, de la réflexion commune, naissent des idées nouvelles qui sauront tirer parti des centres d’intérêt de leurs élèves. C’est une démarche innovante, une révolution copernicienne : l’enseignant, jusqu’ici isolé dans sa classe, va en effet devoir doubler ses compétences disciplinaires de qualités de chercheur, d’expérimentateur… La première condition pour que cette mutation ait une chance de réussir consiste à prendre en compte cette manière collaborative de travailler, dans le cadre de la formation des futurs professeurs. Mais elle demande également de revoir le management des enseignants afin que leurs compétences et leur travail soient réellement reconnus.
Pour donner envie de s’investir, de créer, de collaborer, il faudra sûrement prouver par l’exemple et le vécu que loin d’être un surcroit de travail, le partage, la collaboration et la recherche-action sont les moteurs de la motivation, de la satisfaction personnelle et professionnelle et de la réussite.