Mission Fourgous pour les Tice

Formation des enseignants : des pratiques à faire évoluer.

samedi 6 mars 2010

Vers des enseignants plus créatifs et novateurs

Dans un récent article, Jean Heutte écrit :

« Au cours de l’étude exploratoire ethnographique (Campus Virtuel de l’université de Limoges, 2003-2005), les étudiants déclarent souvent être très surpris par l’efficacité du travail collaboratif : dès qu’ils ont l’occasion de constater que le résultat du travail du groupe dépasse de beaucoup ce qui aurait été obtenu par une simple juxtaposition coopérative des contributions de chacun, cette prise de conscience provoque parfois une sorte de choc émotionnel. Ceux-ci reconnaissent que par la suite, ils s’investissent bien au-delà de ce qu’ils avaient envisagé, un peu comme s’ils étaient grisés par le sentiment d’efficacité collective du groupe.

Certains évoquent, de façon très explicite, le sentiment d’avoir été portés par une sorte d’euphorie qui favorise implication et concentration, tout en faisant perdre la notion du temps. L’évocation de cette émulation collective à son paroxysme au moment de terminer le travail du groupe correspond en tous points à cet état optimal de l’expérience humaine que Csikszentmihalyi (1990, 2004) appelle le flow.

Cette expérience est si gratifiante qu’elle justifie à elle seule que ceux qui l’ont vécu (au moins une fois) se donnent parfois beaucoup de mal pour réunir toutes les conditions afin de pouvoir la revivre à nouveau. »

Heutte a mis en évidence la nécessité pour un individu de sentir qu’il appartient à un groupe, de savoir que son avis est pris en considération, qu’il est reconnu par ses pairs et actif dans l’élaboration d’un travail commun. Il devient alors plus efficace, plus performant et décuple sa motivation. Aujourd’hui plus que jamais, les enseignants ont besoin de se sentir portés par le sentiment d’être utiles dans leur fonction, reconnus dans leur professionnalisme et appréciés par leur hiérarchie et la société.

Pour donner à ses élèves le goût d’apprendre, le désir de réussir, la conquête du savoir, l’enseignant doit s’adapter sans cesse et adapter sa pédagogie pour répondre aux attentes toujours nouvelles de la société en mutation (pages 241 à 245 du rapport) : « l’enseignant doit être un révélateur de talent, imaginer et élaborer des activités motivantes qui amènent l’élève à construire son propre savoir. [...] Il se doit de savoir diriger un projet visant à développer les apprentissages des élèves. […]Il doit être un très bon manager à savoir une personne capable de développer les compétences de ses élèves, qui contribue à leur épanouissement, capable de conduire un projet et de travailler en équipe. » L’enseignant doit faire preuve de curiosité, d’imagination et de créativité : ces aptitudes se développent notamment par le « sentiment de compétence » et d’« appatertenance sociale » ressenti par chaque enseignant (Heutte et Déro).

Il ne peut plus enseigner comme avant. Il se retrouve devant un terrain pédagogique pratiquement vierge à défricher. C’est un défi qu’il ne peut éviter, il n’a pas le choix et l’enseignant dispose aujourd’hui, au travers des Tice, d’outils puissants, novateurs et adaptés afin de répondre à cette évolution.

La formation des enseignants doit s’adapter et prendre en compte ces nouvelles exigences. Puisque la résultante du travail commun est supérieure à la somme des compétences de chacun (démontré par les travaux de Heutte), le travail collaboratif s’impose et doit devenir le nouveau mode de travail, la nouvelle règle d’action. L’enseignant devrait être formé à cette manière de travailler, il devrait pouvoir collaborer avec ses pairs pour que, de la réflexion commune, naissent des idées nouvelles qui sauront tirer parti des centres d’intérêt de leurs élèves. C’est une démarche innovante, une révolution copernicienne : l’enseignant, jusqu’ici isolé dans sa classe, va en effet devoir doubler ses compétences disciplinaires de qualités de chercheur, d’expérimentateur… La première condition pour que cette mutation ait une chance de réussir consiste à prendre en compte cette manière collaborative de travailler, dans le cadre de la formation des futurs professeurs. Mais elle demande également de revoir le management des enseignants afin que leurs compétences et leur travail soient réellement reconnus.

Pour donner envie de s’investir, de créer, de collaborer, il faudra sûrement prouver par l’exemple et le vécu que loin d’être un surcroit de travail, le partage, la collaboration et la recherche-action sont les moteurs de la motivation, de la satisfaction personnelle et professionnelle et de la réussite.


4 contributions

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  • « appartenance sociale » (au lieu de « appatertenance sociale »)...

  • Vous écrivez : le travail collaboratif s’impose et doit devenir le nouveau mode de travail, la nouvelle règle d’action. L’enseignant devrait être formé à cette manière de travailler, il devrait pouvoir collaborer avec ses pairs pour que, de la réflexion commune, naissent des idées nouvelles qui sauront tirer parti des centres d’intérêt de leurs élèves.

    C’est bô ! Presque émouvant !

    Une éloge funèbre (funeste) de la pédagogie et de la formation des enseignants :
    - retour à la « transmission » (notamment dans les derniers programmes de l’école primaire)
    - le président de notre république (avec la magistrale complicité d’un grand syndicat du second degré qui rêvait de réintroduire une distinction entre les « vrai » prof et les « primaires ») considère que comme la formation n’était pas bonne (il est vrai qu’elle était certainement perfectible...) tout ira mieux : vu qu’il n’y en aura plus

    Car le président de notre république sait qu’il suffit d’être très fort en math pour être un bon prof de math (la pédagogie, c’est pour les fainéants de gauchistes qui sont à peine capables d’enseigner à l’école primaire...)

  • Pour continuer sur le même registre, le HCE (on ose pas se demander ce qui se cache sous le « C », mais cela ne doit pas être « conseil », car ces membres sont vraiment mal renseignés...) s’est un peu mélangé le mulot, avec une belle confusion entre C2i1 et C2i2e, la licence, et le master...
    http://www.hce.education.fr/gallery_files/site/21/56.pdf

    6.3. La formation des enseignants (p. 20)
    [...] La généralisation du C2i est indispensable, et elle doit s’accompagner de programmes de formation continue.
    Pour les enseignants le certificat C2i atteste de compétences dans la maîtrise des outils informatiques et réseaux. Il est prévu deux niveaux. Le niveau 1 doit être acquis au plus tard au niveau de la licence mais de préférence dès le début des études supérieures. Il sera à terme exigible pour les futurs professeurs des écoles.

    On a du oublié de leur dire (ou ils ne savent pas/font semblant de ne pas savoir) :
    - que le C2i n°2 « enseignant » existe (et heureusement ne se contente pas de la « maîtrise des outils informatiques et réseaux »...)
    - que, ça tombe bien, C2i n°2 « enseignant » concerne les compétences attendues pour un enseignant
    - qu’il était déjà mentionné comme faisant partie du cahier des charges de la formation des maîtres depuis 2006
    - que les C2i niveau 2 sont « professionnels » et donc liés aux masters
    - que même les prof des écoles auront un master (incroyable !)

    Bref, sauf à penser qu’enseigner n’est pas un métier qui s’apprend (certainement un don tombé du ciel...), que pour enseigner dans une école, il n’y a pas besoin de master (le niveau BNC pourrait être suffisant...) et un C2i niveau 1 (la connaissance des « outils informatiques et réseaux » suffit...)....
    ... cela ne permettra certes pas d’être PE titulaire (mais en a-t-on encore besoin ?) , cela sera suffisant pour être un bon enseignant contractuel (surtout un bon contractuel...).

    Heureusement que l’institut Montaigne publie ce jour des choses moins affligeantes concernant la formation
    http://www.institutmontaigne.org/vaincre-l-echec-a-l-ecole-primaire-3179.html

    "Formation initiale et continue, recrutement, rémunération, mérite, management, évolution de carrière, évaluation, reporting, performance…
    L’Éducation nationale continue d’ignorer les principes de base de gestion des carrières, de motivation des individus, de performance des organisations…
    Elle oscille entre ignorance, indifférence, résistance passive et hostilité ouverte…"
    p.43

    Même si cela ne sert à rien (car ils ne conseillent pas le ministre eux)...
    ... certains constats et certaines propositions semblent bien pertinentes dans le contexte actuel (p.12) :

    Miser sur la qualité des enseignants pour faire progresser le système éducatif.
    a. Renforcer la communication autour du métier d’enseignant et mettre en oeuvre un dispositif incitatif pour les candidats à cette profession.
    b. Instaurer des formations en alternance selon la formule de l’apprentissage, pour accéder au métier d’enseignant.
    c. Améliorer la politique salariale pratiquée en début de carrière, afin d’inciter les personnes les plus compétentes et les plus performantes à devenir professeurs des écoles.
    d. Créer des dispositifs contraignants pour assurer l’obligation annuelle de formation continue en enrichissant la carte des formations comme en pénalisant ceux qui se soustraient à ce devoir.

  • Développer le numérique en théorie c’est bien. En pratique, avoir un ou deux pc pour une classe de 26 ça colle moins. On dit souvent qu’on investit énormément dans l’éducation nationale, où sont les finances alors ? Etant enseignant dans une commune qui a très largement les moyens financiers (Rhône Alpes, Haute Savoie, en bordure d’un lac très apprécié...), je dois quasiment fournir à mes frais personnels, le vidéoprojecteur dont j’ai besoin pour mes cours, le pc portable, le tableau de projection... Bref, la grille de salaire de l’enseignant n’étant pas très élevée surtout en début de carrière, même avec la meilleure volonté du monde, on voit les limites du numérique juste par l’aspect financier...

    D’un point de vue formation... Tous les jeunes sortants enseignants sont titulaires d’une licence, d’un certificat informatique et internet niveau 1 (C2i) et du C2i 2e niveau enseignant. Nous sommes pour la plupart largement autonomes avec les logiciels de bureautique voir avec d’autres d’audio et de video... Donc vouloir des enseignants formés, j’ose dire que c’est déjà pour bonne partie fait. Les formations continues se chargeant de former les autres. Mais encore faut-il parler des moyens... car pour développer le numérique, il faut mettre à disposition : pc, videoprojecteur ou tbi. Or souvent le problème crucial vient encore une fois des moyens (matériels ou financiers, ils sont intimement liés).

    Développer le travail collaboratif... Une idée louable. Mais comment collaborer lorsque les moyens manquent ? Comment créer et innover lorsqu’il y a tout a refaire depuis le début. Créer un cours de a à z sur environnement numérique prend du temps. Se répartir les tâches peut simplifier, soit. Mais les outils manquent, les support scolaires numériques ne sont souvent que des manuels numérisés, sans interactivité, sans liens. Or ce sont l’interactivité, la mise en lien qui favorisent les apprentissages. Par ailleurs collaborer, revient à évoquer le travail d’équipe. Or souvent les inspections ne prennent pas en compte ce travail (encore que les inspections d’école sont censées l’évaluer). Mais comment collaborer lorsque par derrière on vous pousse à l’individualisme par le biais d’inspections individuelles. Soit on évalue les performances d’une équipe, soit d’un individu mais le mélange des deux n’aboutit à rien. Or inspection rime avec avancement et avec salaire. Et de ce côté nous sommes mal lotis et avançons doucement totalement en inadéquation avec les objectifs visés de se former pour être performant. Comment dynamiser un individu sabré dans son avancement ?

    Enfin, on présente souvent les performances des élèves français aux différentes évaluations internationales. C’est bien joli mais j’oserais dire qu’on ne peut pas tout comparer. Comment comparer des élèves de certains pays (je ne les énoncerais pas car beaucoup les prennent pour référence) disposant de un voir deux enseignants par classe, avec des classes de 15 à 25 élèves, des moyens numériques en quantité avec nos moyens si disparates en France.

    Par ailleurs, en France, un enseignant n’est pas vraiment reconnu car s’il l’était, il serait comme tout un chacun payé 12 mois et non pas 10 répartis sur 12. De plus, un enseignant du primaire est semble-t-il moins reconnu car s’il l’était on prendrait en compte la multiplicité des matières qu’il a à enseigner. Je fais la liste car je la trouve marrante : mathématiques, géométrie, grammaire, conjugaison, orthographe, vocabulaire, littérature, (écriture-lecture au cycle 2 et même après), histoire, géographie, éducation (ou instruction) civique, sciences naturelles (biologie...) et physique (électricité... je fais pas le détail car là ça serait long), education physique et sportive (natation obligatoire, le savoir nager en fin de primaire est impératif), musique, arts visuels (avec histoire des arts en collaboration avec l’histoire), langue vivante, TICE (en lien avec toutes les autres matières), compétences diverses : secourisme, sécurité routière, prévention des risques majeurs... et j’en passe et des meilleures. Tout ça pour dire que si quelqu’un arrive à boucler un programme avec tout ce qu’il comporte et bien chapeau car vous allez forcément en oublier !! (même pour les plus doués). Toutes ces matières tiennent en 25 heures. 25 heures le top niveau horaire, 10 de moins que l’horaire réglementaire (35 heures)... C’est sans compter les heures supplémentaires (non payées) de corrections, de préparation de cours (de la création !!)... En gros pour 1 heure devant les élèves c’est minimum 1 heure de travail à la maison (ou à l’école comme on veut). Donc rapide calcul : 25+25=50. Question : « qui voudrait, de niveau Bac+3 à +5, en travaillant 50 heures par semaine, payé 10 mois répartis sur 12, avec formations durant les vacances, pour un salaire qui bientôt sera au niveau du smic et devant financer ses besoins numériques sur ses deniers personnels ; qui veut exercer ce magnifique métier qu’est prof des écoles ? » Eh bien à cette question, beaucoup diront « moi oui » car le métier attire encore et les intéresse par dessus tout... Mais ayez conscience qu’à « charger un peu trop la mule » certains commencent à en avoir assez.

    Les enseignants sont prêt à changer, à évoluer. Mais les moyens manquent tant en matière de matériels numériques qu’en matière financière. Avoir un enseignant BAC+5 devrait permettre de le rémunérer à BAC+5. Or ce n’est pas le cas. Comment voulez vous alors motiver les enseignants à se former en matière de numérique ou autre (qui plus est sur leur temps de vacances, qui plus est pas forcément rémunéré).

    Voilà... Le numérique est un grand bon pour l’éducation nationale mais comme pour aller sur la lune, il faudra mettre les moyens (matériels et financiers notamment) ! Et pas sûr qu’en voyant les prix : d’un tbi par classe, d’un pc par enseignant et de logiciels éducatifs pour une école... Pas sûr que cela motive ceux qui tiennent les cordons de la bourse. « L’avenir appartient à ceux qui se lève tôt... » L’avenir de notre éducation appartient à ceux qui seront capables d’être en concordance avec leur propos : vous voulez du numérique, donnez nous en les moyens !!

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